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172                             NÉCROLOGIE,
affreuse qui allait amener tant de malheurs, il signala les moyens les plus
propres à économiser et à remplacer les grains nécessaires à la subsistance du
pays. Chaque année fut, à partir de cette époque, marquée par un service
 rendu, par un nouvel écrit.
   Nous ne pourrons point énumérer tous les travaux de l'agronome, à qui la
France doit de savoir employer la marne et la chaux ; aussi avons-nous hâte de
citer ces deux derniers mots qui rappelleront toujours la mémoire de M.
Puvis. Les nombreux Mémoires qu'il a publiés pour montrer comment, par
 ces deux agents, on pouvait amender les sols argileux et siliceux, l'ont fait
nommer correspondant de l'Académie des sciences. Il a résumé la question
dans un livre admirable, le Traité des amendements, dont la dernière partie,
celle qui concerne tes divers engrais salins ou organiques, a paru le jour
même de sa mort ; les deux premières parties, intitulées Essai sur la chaux'et
Essai sur la marne, étaient publiées depuis qnelques années. M. Puvis avait
toujours craint de ne pouvoir terminer cette œuvre à laquelle il attachait une
importance si méritée; il a emporté dans la tombe la consolation d'avoir
achevé un livre qui ne périra pas.
   Dans ces dernières années, M. Puvis avait aussi fait paraître des ouvrages
importants sur l'Emploi des eaux en agriculture, sur la Taille et la conduite des
arbres fruitiers et sur la Conduite des étangs, des Lettres sur l'éducation des
vers à soie, un Essai de code rural en collaboration avec M. Chevrier- Cor-
celles. Les articles qu'il a publiés dans la Maison rustique du XIXe siècle
sont rangés parmi ceux qui donnent le plus de prix à cet ouvrage célèbre.
   Au moment où la mort est venu le frapper, M. Puvis revenait d'un voyage
à Londres ; il avait voulu visiter l'Exposition Universelle, en consultant son
 ardeur pour la science et pour l'observation, plutôt que d'affectueuses sollici-
tudes. Nous l'avons rencontré le 15 juillet, pour la dernière fois, à Windsor, au
concours de bétail de la Société d'agriculture d'Angleterre. Ce voyage lui fut
fatal: assailli, durant la traversée, par le mauvais temps, pris par le froid,
saisi d'un rhume qui devint, à son retour à Paris, un catarrhe suffocant, il
voulut encore aller visiter les plantations de pêchers de Montreuil, pour com-
pléter la seconde édition du Traité des arbres fruitiers. Mais, le 20 juillet, le
mal le domina et il succomba, assisté seulement d'un de ses neveux, loin de
sa femme qui ne l'avait pas quitté depuis quarante ans, loin d'une petite fille
qui lui restait seule comme souvenir de deux fils et d'une belle fille qu'il
avait eu la douleur de voir mourir.
    Le i e r août, les amis de l'Agriculture conduisaient tristement son corps au
 cimetière Montmartre ; M. Dumas, ancien ministre et membre de l'Académie
 des sciences; M. Maissiat, représentant du peuple ; MM. Chevandier, de la
 Société d'Agriculture ; Dezeimeris, ancien représentant ; Michel, des Annotes
forestières ; le général Picquet et beaucoup d'autres personnes attirées par le
 respect, suivaient le funèbre cortège. Mais le département de l'Ain où il a
passé presque toute sa vie et dont il a élevé si haut l'agriculture a voulu, par
son deuil, lui payer un dernier tribut de reconnaissance. Les restes de M.
Puvis ont été rendus à sa terre natale. Une population s'honore parles hon-
neurs qu'elle rend aux hommes de bien. — Le nom de Puvis se place à côté de
 ceux de Mathieu de Dombasle et de Gasparin ; ils suivaient la même voie,
 celle de l'expérience et des observations pratiques ; l'histoire des progrès de
l'agriculture au XIX e siècle ne les séparera pas ; elle les mettra à la tête des
fondateurs de la science agricole.
                                                                BARIUL.