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                DE LA PERFECTIBILITÉ HUMAINE.                     493
par progrès moral. Il ne faut pas confondre le progrès moral,
dans la société, avec le progrès de la vertu ou de la moralité ab-
solue dans les individus. La vertu s'acquiert au prix de luttes et
de victoires personnelles, et la moralité absolue réside unique-
 ment dans la pureté de l'intention. Pureté ou perversité de l'in-
tention, grandeur des obstacles à vaincre pour faire ce que nous
avons jugé le bien, voilà ce qui fait, voilà ce qui mesure d'une
manière absolue notre mérite ou notre démérite, voilà ce qui
nous absout et nous condamne par-devant Dieu. Avec autant de
vertu et de mérite absolu, en raison de la grandeur des obstacles
et du défaut des lumières, un moindre bien a pu être extérieure-
ment réalisé par les hommes d'un autre temps. Pour oser affir-
mer que telle génération plutôt que telle autre a mérité la palme
de la vertu, il faudrait pouvoir fouiller dans tous les cœurs, et
lire dans les motifs de toutes les volontés. Pour moi, j'incline à
croire qu'aucune n'a mérité cette palme, à l'exclusion des autres,
et qu'entre les différents âges de l'humanité, il a pu y avoir une
sorte de compensation et d'équilibre de moralité et de vertu. En
effet, l'espèce humaine, toujours identique à elle-même, toujours
sollicitée avec la même autorité, les mêmes attraits, les mêmes
calculs, par les mêmes mobiles du devoir, du plaisir, de l'intérêt,
a dû, à toutes les époques, produire à peu près, en des propor-
tions semblables, quoique sous des formes diverses, le dévoue-
ment et l'égoïsme, la moralité et l'immoralité. Peut-être chaque
génération, en s'éteignant, a-t-elle déposé autant d'âmes justes,
comme autant d'âmes perverses, devant le tribunal de Dieu.
   Mais, avec les progrès de l'intelligence, quoique le nombre et
le degré des intentions pures n'augmentent pas, un plus grand
bien sera réalisé dans la société, par cela seul que ces mêmes
intentions seront plus éclairées. Avec les progrès de l'intelligence,
la notion de l'intérêt, bien entendu, de plus en plus forte et de plus
en plus lumineuse, pousse les individus et les nations à faire ce
que le seul sentiment du devoir eût été peut-être impuissant à
leur commander. C'est ainsi qu'on voit se rectifier et s'étendre
les applications de l'idée de justice, les iniquités sociales s'atté-
nuer et disparaître, et toutes les institutions tendre de plus en