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490                        DES LIMITES

tibilité, dont la mesure n'est que la mesure de l'accomplissement
même de sa destinée. Qui donc se trompe sur la fin de l'homme
court le risque de confondre en lui le progrès avec la déchéance,
et de prendre le dernier degré de la dégradation pour le plus
haut degré de la perfection. Ainsi, les sensualistes et les épicu-
riens, qui mettent la fin de l'homme dans le bonheur des sens,
ne mettront sa perfectibilité que dans l'accroissement des jouis-
sances sensibles , dans l'affranchissement de toutes les pas-
sions, et dans la délivrance de toute contrainte importune. Du
pourceau d'Epicure, ils feront l'idéal de la perfection de l'huma-
nité. A ces traits, vous reconnaissez sans peine le caractère fon-
damental de l'espèce de perfectibilité que nous offrent en pers-
pective la plupart des utopies de nos modernes réformateurs.
Leurs doctrines sociales, qu'ils le sachent ou qu'ils l'ignorent,
sont les légitimes et tristes conséquences de ces fausses doctrines
métaphysiques de l'empirisme et du sensualisme , que nous
avons ici souvent combattues et réfutées.
   Mais, si tout autre est la destinée de l'homme, si la fin est la
liberté morale, s'il a des devoirs à remplir, des facultés à déve-
lopper, des passions à régler ; s'il doit se commander à lui-
même, tout autre aussi sera sa perfectibilité et celle de la société
Où ceux-ci voient le comble de la perfection, nous ne verrons
que l'abrutissement et la dégradation ; et, ce qui fait leur désir
et leur envie fera notre mépris et notre dégoût.
   S'ils se trompent sur la nature de la perfectibilité dans l'indi-
 vidu, ils ne se trompent pas moins sur celle de la perfectibilité
dans la société. De la nature de la perfectibilité dans l'individu,
 dépend la nature de la perfectibilité dans la société. Imaginer
une perfection sociale qui soit achetée au prix de la perfection
des individus, c'est méconnaître le but de la société, et sacrifier
 à une abstraction la vivante réalité. Je vous ai dit souvent que la
 société n'existe que pour les individus, qu'elle n'a pas d'autre
 mission que de les garantir et de les protéger dans l'accomplis-
 sement de leur destinée. La meilleure société, c'est celle qui
 offreà l'individule plus de facilités et de garanties pour atteindre
 sa fin. Mais, cette fin étant la liberté morale, elle demeure une