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460 MONOGRAPHIE Ceux-ci n'avaient rien à réclamer ni à désirer ; ils possédaient le Jus suffragii, puisque l'empereur Auguste leur avait permis d'envoyer, par écrit, leur suffrage à Rome quand il y avait élec- tion. Ils avaient fourni au sénat de Rome plusieurs de ses mem- bres; ainsi, ils étaient admissibles de fait et de droit aux emplois de même qu'aux honneurs. Claude n'avait donc rien à solliciter en faveur de Lugdunum colonie romaine, investie à ce titre du droit de cité dans toute son étendue, et qui avait tout. Ce fut donc nécessairement, non pour les colons, mais pour les Sé- gusiaves, ou plutôt pour les Gaulois chevelus, que l'empereur demanda le droit aux honneurs Ils ne jouissaient pas des prin- cipales prérogatives du citoyen romain; d'autres Gaulois les avaient obtenus, ceux de la Gaule narbonnaise en jouissaient depuis longtemps, et la même observation s'applique aux peu- ples de la Gaule cispadane, après la guerre des Marses. Sous Jules César, les Gaulois cisalpins avaient obtenu le droit com- plet de cité. César, dit Suétone « Civitate donatos ¥ sfemi bar- baris Gallorum recepit dm CuriaiitîV César reçut dans le sé- nat, après leur avoir accordé le droit de cité, quelques Gau- lois demi-barbares (SUET. Jul. Cœsar. 76). » Plus loin (cap. 80) le même historien dit qu'on chantait, à cette occasion, dans les rues de Rome ces paroles : Gallos Cœsar in triumphum idem in Curiam ; Galli braccas deposuerunt, latum clavum sumpserunt. Quelques sénateurs romains avaient été fournis individuellement, possédaient pas tous les privilèges de citoyens romains ; quand ils venaient à Rome, ils ne pouvaient se faire inscrire dans une tribu et prendre part aux élections ; enfin, ils ne pouvaient parvenir aux magistratures et entrer dans le sénat. L'empereur Claude obtint pour eux ces avantages.... » Je ne puis persister aujourd'hui dans cette opinion. Tous colons romains, les habitants de Lugdunum possédaient, dès le temps d'Auguste, le droit de suffrage, et ils avaient envoyé au sénat plusieurs de ses membres. L'empereur Claude n'eut donc pas à s'occuper d'eux. Il parle, dans son discours, pour des Gaulois, el non pour des colons romains. L'erreur dont je m'accuse a été commise par bien d'autres, depuis Menestrier, le premier auteur de l'hypothèse qui fait de Lugdunum tantôt une ville municipe, el tantôt une colonie ; mais ce n'est pas une raison pour persévérer.