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NÉCROLOGIE. 423 •digne, d'élevé, de complet l'existence d'un artiste ; il a honoré l'art par ses vertus, de même qu'il l'a conduit dans la voie la plus morale et la plus utile. Il ne laisse pas seulement des amis inconsolables, il laisse un nom qui ne doit point périr. « Je ne vous retracerai pas, Messieurs, les progrès et les phases de son existence : le sang-froid, nécessaire à une telle appréciation, serait presque un outrage aux larmes qui coulent autour de moi. Mais il ne me pardonnerait pas lui-même d'oublier sur sa tombe cette cité lyonnaise qui fut le berceau non- seulement de sa vie, mais de son talent, et vers laquelle ses dernières pensées se reportaient avec une émotion filiale (i). Si, malgré sa modestie, il a souhaité la réputation, c'était pour sa patrie, pour ses proches, pour ses maîtres, pour ses amis. « Pierre Revoil, homme ingénieux et savant, lui avait mis le pinceau à la main ; Pierre Guérin, le Racine de la peinture française, perfectionna ses pre- mières études et l'éleva jusqu'aux plus hautes conceptions de l'histoire. Pen- dant onze ans, depuis 1822 jusqu'en i833, il n'eut que des succès, et on le vit s'élever graduellement dans la voie sage , touchante , religieuse que lui montraient ses modèles favoris, Lesueur et le Dominiquin. Mais tous ces tra- vaux ne lui semblaient qu'un encouragement à mieux faire. Il était dévoré de cette passion de l'idéal qui a consumé des génies du premier ordre ; il tenait de Léonard de Vinci par l'impossibilité de se contenter de ce qu'il avait fait. Il a usé ses forces et sa vie dans deux entreprises qui lui étaient également chères et sacrées, le tableau voué par la ville de Lyon à Notre-Dame-de-Four- vières, pour avoir été préservée du choléra, et la chapelle de Notre-Dame-de- Lorrette , dont seules ont pu l'éloigner les souffrances prolongées de sa der- nière maladie. « Victor Orsel avait tout ce qui aurait pu rendre un homme heureux, si l'homme pouvait l'être, une étonnante modération dans ses désirs, une sécurité de commerce et une aménité de manières qui le faisaient chérir de tous ceux qui l'approchaient, un jugement parfaitement sain, une disposition ingénue à jouir des beautés de la nature et de l'art, des principes fondés sur une sérieuse éducation chrétienne et confirmés par l'expérience de la vie. Loin des hon- neurs académiques, dont il était si digne ; loin de cette école où personne ne l'eût surpassé dans l'enseignement de son art, privé même de cette distinction devenue vulgaire, sans laquelle on ne comprend plus que le talent se montre en public, il vivait dans une profonde et sérieuse retraite, entouré de respect et d'affection, devenu le plus scrupuleux, et, j'oserais dire, le plus tendre des (r) Il était né à Oullins, près de Lyon, en 1795. Il est movt à Paris, le i p r novembre i85o.