page suivante »
422 NÉCROLOGIE. de M. Vibert, M. Orsel vient de mourir à Paris, avec la douleur poignante de laisser inachevés des travaux dans lesquels il met- tait toutes ses espérances de gloire. Son principal titre et ce qui marquera surtout sa place dans l'art de notre temps, c'est sa magnifique chapelle à Notre-Dame-de-Lorrette, chapelle où il avait, en quelque sorte, passé les quinze dernières années de sa vie. En exprimant ici nos premiers regrets, nous n'insistons pas sur l'appréciation des œuvres de ce digne et conciencieux ar- tiste, la Revue ayant l'intention de lui consacrer une notice plus étepdue. Voici en quels termes M. Lenormant, membre de l'Institut, s'est exprimé le jour des funérailles, au cimetière du Nord, où la dépouille mortelle de Victor Orsel a été provisoirement dépo- sée, en attendant que sa famille désolée la ramène au milieu de nous : MESSIEURS, « La génération dont faisait partie l'artiste éminent auquel nous rendons les derniers devoirs a rempli sa destinée ; tous tant que nous sommes, il ne nous reste rien de capital à attendre ni du temps ni du travail ; si quelques uns de nous ont encore un chemin à parcourir, c'est le résultat et le dévelop- pement de nos premiers efforts. Rien ne nous reste qui ressemble à la sève et aux espérances de la jeunesse. « Et pourtant, chacun de vous le ressent aujourd'hui, c'est une perte pré- maturée que celle de Victor Orsel. On comprend , on partage le sentiment douloureux dont il était pénétré quand ses regards mourants se portaient sur ses travaux inachevés, sur ces gages d'une belle organisation perfectionnée par l'étude, qu'il n'a pu donner tout entiers. « S'il suffisait des dispositions les plus heureuses et des efforts les plus per- sévérants pour faire un grand peintre ; si la maturité du jugement, jointe au sentiment du beau, au don de l'expression et à la faculté de bien rendre ce qu'on a bien conçu, triomphait invinciblement de tous les obstacles, Victor Orsel aurait marché à la tête des artistes de notre temps. Toutefois Dieu a, dans la distribution de ses faveurs, des secrets que nous ne pénétrons pas : l'avenir seul dira jusqu'à quel point Orsel, qui avait certainement le génie de son art, a possède ce qu'on ne peut définir et ce qui fait les chefs-d'œuvre. « Mais du moins il a présenté le plus beau modèle de ce que peut avoir de