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406 DE L'UNITÉ DES ARTS. semble et sans faire acception de la différence des genres, ap- pellent, de notre part, quelques remarques particulières. Nous avons assigné à l'hymne, à l'épopée, au drame, certains moments dans les révolutions de l'art et dans la vie des peuples ; mais on peut se demander aussi s'il n'est pas des époques où la poésie, en général, éclate d'une splendeur particulière, et fait sentir sa prépondérance aux autres arts. L'histoire nous montre, en effet, des périodes littéraires par excellence, où, malgré l'éclat que jettent les arts plastiques, la gloire des arts de la parole, et sur- tout de la poésie, qui en est le type, éclipse tous les autres arts de sa lumière, ou plutôt leur communique les rayons dont ils brillent. Ainsi, le siècle de Périclès, celui d'Auguste, celui de Léon X, celui de Louis XIV ont tous été grands, sans doute, par les arts de la forme ; deux surtout, ceux qui sont les aînés des autres, l'un dans l'antiquité, l'autre dans les temps modernes. Cependant, malgré la présence de Phidias, dans le temps de Pé- riclès, et celle de Raphaël et de Michel-Ange, dans celui de Léon X, la littérature en occupe encore le point culminant. A Athènes, cela ne peut pas faire question ; Eschyle, Sophocle, Euripide , Aristophane, Socrate, Platon, ce ne sont pas seulement, comme Phidias, les maîtres d'un art particulier, ce sont comme les fon- dateurs de l'intelligence humaine émancipée, les précepteurs de toute une civilisation dont nous sommes encore les disciples. En Italie, pour aider les poètes de la cour de Ferrare à se mettre au niveau des peintres du Vatican, leur siècle place au-dessous d'eux tout un monde de poètes secondaires, de penseurs, d'éru- dits, de jurisconsultes, tous ces écrivains de la Renaissance par qui l'Europe, après le travail du moyen âge, sentit les rayons dérobés à l'antiquité allumer, dans son sein, l'esprit des temps modernes. Sous Auguste et sous Louis XIV, la prééminence des arts littéraires est incontestable; cependant, les sculpteurs grecs du temps des Césars n'étaient pas indignes de leurs maîtres et des poètes, leurs rivaux. L'auteur inconnu du Laocoon mérite- rait d'être nommé après Virgile. Poussin, Lesueur et Pujet sou- tiennent dignement, dans les arts, l'époque de Racine et de Corneille.