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404                    DE L'iîNITÉ DES ARTS.
 lyrique, loin de constituer encore le véritable drame. La tragédie
 grecque, quoique portant déjà une atteinte au génie de l'épopée,
 est encore, au drame moderne, ce que la statuaire est à la
 peinture.
    Madame de Staël, la première, a, dans son roman de Corinne,
 développé cette idée : qu'entre les arts plastiques, la peinture est
l'art chrétien et moderne, tandis que la statuaire reste l'art de
 l'antiquité. Cette idée est juste, et méritait d'être poursuivie plus
 profondément dans ses analogies et dans son enchaînement. La
 peinture est, en effet, la forme appropriée au genre de l'art mo-
 derne ; ce n'est pas, comme le dit Mme de Staël, qu'elle soit plus
 spiritualiste que la statuaire. Tous les arts sont spiritualistes.
Qu'il émane de la pierre ou de la parole, le beau est intellectuel.
 Phidias est aussi spiritualiste que Raphaël. Ce qu'il y a de vrai,
 c'est que la peinture est plus analytique, elle descend plus bas
 dans les détails du sentiment et de l'expression ; elle interprète
 les nuances. La statuaire n'exprime que la puissante unité d'un
grand sentiment; elle est plus simple; elle exclut l'accumulation
des impressions diverses sur la même figure, et se prête même
difficilement à la réunion de diverses figures dans une scène un
peu compliquée. La peinture groupe les sentiments et les figures ;
c'est un art à la fois plus analytique et plus collectif. C'est parce
que la peinture analyse davantage les sentiments, c'est parce
qu'il lui est plus facile de descendre aux minces détails et de re-
produire les conditions de la vie vulgaire, qu'elle est plus mo-
derne que la statuaire. Elle est plus appropriée que la sculpture
aux époques démocratiques, où il n'y a plus de grandes et puis-
santes individualités isolées dans leur énergique indépendance.
La mâle simplicité de passion des âges héroïques a disparu sous
la multiplicité de ces petits sentiments qui donnent à la physio-
nomie une expression tourmentée et nerveuse qui se fixe plus
facilement sur la toile, mais qui est trop fugitive pour s'impri-
mer dans la solidité du bronze et du marbre. Aussi quand la
peinture veut affecter le grand style, l'allure héroïque, elle imite
forcément la statuaire.
  Le genre dramatique est dans la poésie ce qu'est la peinture