Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
[ Revenir aux résultats de la recherche ]
page suivante »
164                      LE BUCHERON.




  Aussi mon âme est triste, et j'ai le regard sombre ;
  Destructeur des forêts, je me suis odieux ;
  J'ai déjà dépouillé cent arpents de leur ombre,
  J'ai fait place aux humains ; pardonnez-moi, grands Dieux !



  Mais c'est la pauvreté qui par moi vous profane,
  Saints temples des forêts, arbres que j'aime en vain !
  Pour mes fils affamés dans ma pauvre cabane,
  Chaque arbre, hélas ! qui tombe est un morceau de pain.



  La pauvreté ! c'est elle avec qui ce fer lutte ;
  Elle fait taire en moi ces choses que j'entends ;
  C'est elle qui renverse, en pleurant sur sa chute,
  Pour les besoins d'un jour, le chêne de cent ans.



  Heureux ! — si le bonheur visite un riche même
  Loin de cet ombre antique où parle un dieu caché, —
  Heureux le laboureur, heureux celui qui sème
  Et reçut des aïeux son champ tout défriché !



  Il ne récolte pas son pain du sacrilège ;
  Tranquille en son labeur, ignorant mes combats,
  11 n'a jamais sapé le toit qui le protège,
  Ces vieilles amitiés qu'en frémissant j'abats.