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112 M. A.-C.-H. TRIMOLÉT. petite esquisse de ce sujet, je la mettrai sous les yeux de S. A. S. qui peut-être vous en fera la commande. J'ai tort, cher lecteur (si toutefois j'ai jamais l'honneur d'avoir un lecteur), de vous faire entrer dans les coulisses de mon théâ- tre et de dévoiler à vos yeux les machines qui simulèrent un peu de gloire autour de ma personne ! j'aurais mieux fait de vous laisser croire que Charles-Albert, du haut de son trône, frappé de mon mérite, n'avait pu résister au désir d'enrichir sa galerie d'une de mes productions !... Mais non, les souverains légitimes ont bien autres chiens à fouetter que de s'occuper d'art et d'artistes ! Ils laissent ces puérils passe-temps aux rois cons- titutionnels et citoyens. Enfin, quoiqu'il en soit, que l'idée ait été personnelle à S. A. S. ou qu'elle lui ait été inspirée par un autre, le résultat ne m'en a pas moins paru fort agréable par la suite. J'acceptai avec empressement la proposition de M. Sylvain de Costa qui me faisait espérer de l'honneur, du profit, et un mo- tif de travail. De retour chez moi, je m'occupai des lectures et des recher- ches nécessaires pour traiter le sujet qui m'était désigné. Comme je l'ai dit, il était tiré de la vie d'Amédée VIII et le moment choisi était celui où les députés viennent au monastère de Ri- paille, où s'était retiré Amédée, pour lui offrir la tiare. Lorsque mon esquisse fut faite, je l'envoyai à Turin, et, quel- ques jours après, je reçus la lettre suivante de M. le comte de Costa : « MON CHER MONSIEUR, Le prince de Savoie Carrignan, très-satisfait de l'esquisse du tableau d'Amédée VIII à Ripaille, que j'ai mise sous ses yeux, me charge de vous prier de l'exécuter dans la grandeur qui ren- tre le plus dans votre genre, c'est-à -dire que les figures n'aient pas plus de 18 à 20 pouces de hauteur. S. A. S. vous laisse le champ libre pour tous les changements que vous voudrez faire, pourvu que l'ensemble de la composition, qui lui a plu beaucoup,