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100 PASSAGES ET SÉJOURS des Feuillants. Le prévôt de la Maréchaussée, frappé d'un coup d'épée, expia, par sa mort, sa trop grande précipitation à sévir. Le Consulat avait demandé des troupes ; elles arrivèrent le 15. Le 2e bataillon du régiment de La Fère en faisait partie. C'était celui de Napoléon. Après une revue passée sur la place des Ter- reaux, chaque bataillon alla prendre son logement. Le 2e batail- lon fut envoyé à Vaise. Les officiers cherchèrent à se loger près de leurs soldats, et Buonaparte devint l'hôte de Madame veuve Blanc, à la montée de Montribloud. Veuve d'un ancien fonctionnaire de la Cour des Monnaies de Lyon, Mme Blanc jouissait d'une assez belle fortune, mais elle avait sept filles à élever et à doter. Elle s'était donc retirée dans sa maison de campagne, et elle en louait ce qu'elle avait de trop, autant pour augmenter ses revenus que pour se faire une société agréable. Une pièce modeste et simplement ornée était vacante (1). Elle convint à Napoléon, et il s'y installa tout de suite. Il n'en sortait guère que pour vaquer à ses devoirs militaires. A part quelques soirées passées au spectacle et quelques promenades dans la ville avec son collègue Demazis, Buonaparte vivait seul ou en la compagnie de Mme Blanc et des personnes qu'elle recevait ou qui habitaient chez elle. La société était peu nombreuse, mais choisie. Il s'y trouvait un ou deux artistes et un homme aussi distingué que littérateur aimable, M. Lecamus, receveur du Grenier à sel et membre de l'Académie de Lyon depuis 1775. Les soirées s'écoulaient rapides et gaies. On faisait un peu de musique, on parlait un peu de tout, politique, beaux-arts, etc., et cela dura jusqu'au moment où il fallut se rendre à Douay, au 21 septembre. 11 était resté 36 jours à Lyon. La ville lui avait plu, et il l'écrivait à cette époque à son oncle Fesch, alors simple diacre à Âjaccio : (i) Celle pièce, on peut la voir encore aujourd'hui au [premier étage, à l'angle de la cour et du jardin. M. Lambert, propriétaire actuel, qui comprend la religion des souvenirs, a bien soin que rien n'y soit changé. Mais, avant lui, et pendant nos (roubles, a-t-on eu le même culte?