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18                  LE MONT-D'OR EN 1849.
l'intérieur. On vous promet que vous arriverez ie lendemain soir
à votre destination ; vous vous réjouissez déjà. Déception ! On
vous encaisse d'abord dans une méchante voiture qui n'a pour
tout intérieur que ce qu'on nomme partout une rotonde. Là,
vous vous trouvez placé sur l'une des roues. Vous êtes cahoté
comme dans une patache ; vous avez pour tout coussin une
barre de bois sous vos reins endoloris ; enfin, vous arrivez à
Clermont crachant le sang, brisé, moulu, et trop tard pour pou-
voir prendre la correspondance duMont-d'Or. Vous avez fait le
plus triste voyage possible, sans boire ni manger, sans même
descendre. Vous avez eu pour compagnons : ici un paralytique,
là un pauvre être idiot, l'un et l'autre incapables de se servir,
et que vous avez été obligé de faire manger comme des enfants.
A vos côtés, une pauvre femme, sur laquelle la voiture produit,
tout le long de la route, l'effet d'un émétique. Voilà pour relever
votre moral. Il vous faut, bon gré mal gré, attendre jusqu'au
lendemain pour prendre la voiture du Mont-d'Or; car vous ne
vous appartenez plus, vous êtesl'homme-lige de l'administration.
    La première chose que vous apercevez en entrant dans l'hum-
ble village du Mont-d'Or, c'est le cimetière. Aimable et délicate
attention ! Voilà l'image de la mort pour ceux qui viennent cher-
cher ici la vie. Ce n'était pas assez du cimetière émaillé de croix
de bois, le curé des eaux a jugé à propos d'y faire planter une
énorme croix en fer doré. Impossible de ne pas la voir, elle scin-
tille, elle rayonne au loin. Et savez-vous à l'aide de quelles res-
sources? A l'aide d'une souscription faite auprès des malades
eux-mêmes, au profit des pauvres du pays. Les puuvres n'en
ont rien eu, mais la croix étincelle. Souscrivez donc pour les pau-
vres du Mont-d'Or !
   D'où que vous veniez, une fois ici, réglez votre montre sur le
méridien de la place, car vous vous exposeriez à une foule de
désagréments, comme ceux d'arriver trop tard à la table d'hôte
ou chez le docteur qui, dans son amour pour l'égalité, ne vous
reçoit qu'à votre numéro d'inscription, ou bien encore à un ren-
dez-vous galant, ce qui se voit quelquefois, même au Mont-d'Or,
les Eaux les plus vertueuses de France et de l'étranger.