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40 M. A.-C.-H. TRIMOLET. tous ceux, dont on a écrit la biographie, par un penchant irrésis- tible qui les portait, dès l'âge le plus tendre, à charbonner sur les murs et sur les parquets les divers objets qui se présentaient à leur vue. Non ; habitué à voir dessiner, je dessinais machinale- ment, parce qu'on voulait que je fisse quelque chose ; je trouvais d'ailleurs ce travail, qui alors ne consistait pour moi que dans l'adresse des doigts et la justesse du regard, moins pénible que d'apprendre à lire et à écrire, parce qu'il fallait moins d'applica- tion d'esprit et de mémoire. Tous mes gôùts me portaient aux travaux manuels et mécaniques, et je n'étais jamais plus heureux que lorsque je voyais travailler, par exemple, des menuisiers, des serruriers, des ferblantiers, des tourneurs, etc.... J'aurais voulu qu'ils me donnassent la permission de me servir de leurs outils, et de faire comme eux. Aussi, en rentrant à la maison, construisais-je mille choses, remarquables par le peu de moyens que j'avais pour les exécuter. J'étais singe en tout, et peut-être jusqu'à présent n'ai-je eu d'autre mérite que de ressembler à cet intéressant animal!... A dix ans, mon père me fit entrer à l'école spéciale de dessin de notre ville. Sa pensée en cela était que, si je réussissais dans la carrière des beaux-arts, l'administration ou le gouvernement m'exempterait de la conscription, alors la terreur de tous les pères de famille. Je me rendais en classe absolument comme un condamné qui va faire ses cinq heures de prison tous les jours. Timide et sournois , je grabottais mon papier sans goût et sans application. J'usai comme cela deux ou trois années, au bout desquelles j'accrochai, je ne sais comment, une mention honorable au concours de ma classe. Cet événement me réveilla ! je n'avais jamais songé qu'un jour je pourrais obtenir quelque récompense ! Je n'avais point d'amour-propre ni d'ambition. Cette mention me fit passer à la classe de bosse, où, sans y pré- tendre encore, je remportai, la même année, le premier prix. Enfin, d'année en année, et sans jamais m'en croire digne, j'ob- tins les premiers prix des classes supérieures, jusqu'au laurier d'or, récompense de la meilleure production de la section de pein- ture. Je poussais si loin cette méfiance en mon savoir, que je