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430 LOUIS-PHILIPPE D'ORLÉANS. A l'abri du régime représentatif dont Louis XVIII avait doté la France, s'était insensiblement élevée une autre opposition plus redoutable par l'influence et l'habileté de ses chefs et par la modération même de son esprit. Formée d'un noyau de mécontents plus ou moins compromis dans l'é- preuve des Cent-Jours, elle s'était rapidement accrue de plusieurs royalistes dégoûtés des excès de 1815, et comptait bientôt un grand nombre de représentants au sein des Cham- bres, dans l'aristocratie financière de la capitale et dans tous les rangs de la bourgeoisie. Cette opposition prenait son point d'appui dans la charte elle-même ; les élections et la presse étaient ses moyens d'action : son but avoué était d'assurer à tout prix le maintien et le développement des institutions _ constitutionnelles, dans leur sens le plus illimité. Parti col- lectivement probe et conservateur, mais dangereux par ses défiances systématiques envers le pouvoir, et qui devait néces- sairement être fatal à la Restauration , le jour où il s'unirait à la faction démocratique qui en avait juré la ruine. C'est de cette alliance impie, prétextée ou motivée treize ans plus tard par les ordonnances de juillet, que sont sorties les révo- lutions de 1830 et de 1848, et tous les principes désorganisa- leursqui menacent aujourd'hui l'avenir de la société française. Les antécédents révolutionnaires du duc d'Orléans, son at- titude équivoque pendant les Cent-Jours, sa conduite à la Chambre des pairs, les persécutions qu'il venait d'éprouver, les suspicions ombrageuses auxquelles il était en butte, toutes ces circonstances marquaient naturellement sa place dans l'opposition constitutionnelle. Mais le joug même de ses enga- gements lui créait un rôle délicat à remplir. Lié à l'opposi- tion par ses sympathies intimes et les intérêts de son ambi- tion, il appartenait à la Cour par ses intérêts de fortune et de position, et par les gages irrécusables qu'il avait donnés à la cause monarchique pendant l'émigration.