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                    LOUIS-PHILIPPE D'ORLÉANS.                     431

     La dextérité avec laquelle Louis-Philippe sut se maintenir
   entre ces deux camps opposés jusqu'à la Révolution de 1830,
  présente un phénomène historique digne d'arrêter l'attention
  de l'observateur. Obséquieux et circonspect, possédant au
  plus haut degré l'art de s'effacer toujours sans se faire jamais
  oublier, ce prince dissimulait soigneusement, sous un air d'in-
  différence et de bonhomie, la sagacité peu commune de son
  esprit. Il remplissait avec une pieuse assiduité ses obligations
  envers la Cour de Louis XVIII, sans inspirer d'ombrage à
  l'opposition, sans cesser, pour ainsi dire, de la tenir en haleine,
  sans décourager l'espoir qu'elle mettait en lui. Pas un acte,
  pas un mot dont on pût abuser pour le rendre suspect. L'é-
  quilibre était parfait entre ses sentiments et ses devoirs, et si sa
 conduite inspira au parti royaliste, pendant ce laps de temps,
  de vives et constantes défiances, ces impressions, on doit le
 reconnaître, dérivèrent, en général, de préventions instinctives
 ou préconçues, plutôt que d'une conviction réfléchie.
     Les rapports de Louis-Philippe avec la branche aînée de sa
 famille s'étaient empreints d'un caractère plus marqué d'inti-
 mité par le mariage du duc de Berri avec la princesse Caro-
 line de Naples, nièce de la duchesse d'Orléans. La branche
cadette était admise à toutes les fêles de la Cour, à tous les
 dîners de famille, et son chef se faisait remarquer par la fer-
 veur des démonstrations qu'il adressait aux frères de ce roi
dont son père avait conspiré la perte. Que de regrets du passé!
que de félicitations sur le présent, que de promesses et de
protestations pour l'avenir ! Cet avenir semblait alors sans
nuages; rien ne faisait présager, du moins, l'effroyable tem-
pête qui contraindrait bientôt les Bourbons à reprendre
une troisième fois le chemin de l'exil. Mais Louis-Philippe
connaissait trop la puissance et l'opiniâtreté des révolu-
tions, il mesurait trop bien la disproportion de l'attaque et
de la résistance pour céder lui-même à ce calme trompeur.