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284 LA TENTATION.
Un lys qui lui gardait sa rosée et son miel...
Ailleurs c'est le calice et l'éponge de fiel !
Ah ! va-t-il s'arrêter pour respirer cette âme ;
Va-t-il se souvenir qu'il est né d'une femme?
L'arbre qui sur le monde un jour doit dominer
Dans cet étroit jardin va-t-il s'enraciner,
Et n'offrant son appui qu'Ã cette jeune vigne ;
Le chêne est-il perdu pour un fardeau plus digne ?
Si c'est le cœur humain qui dans vous a battu,
Si c'est bien notre chair qui vous a revêtu,
Et si tout fils d'Adam, né du même lignage,
0 Maître , a droit de voir en vous sa propre image ;
Ce n'est ni le désert, ni la tour de Sion
Qui vous ont vu trembler dans la tentation ,
Ni le bois d'olivier qui, le jour du supplice,
Vous a vu repousser le plus amer calice.
Voici, dans cette lutte où son cœur se brisait,
A l'esprit du Seigneur ce que l'homme disait :
« 0 Verbe dont la flamme habite dans ma cendre
Chez un autre que moi ne pouviez-vous descendre,
Et donner à porter à des pieds moins tremblants
Ce Sauveur retardé depuis quatre mille ans.
Oh ! terrible union d'une double nature ,
Du Verbe créateur avec la créature !
Oh ! brisement du sein qui contient l'infini !
A la chair d'un mortel pourquoi vous être uni ;
Ou pourquoi votre esprit touchant notre matière
Ne la peut-il, Seigneur, consummer toute entière ?
Comment de l'homme en vous est-il assez resté
Pour trembler et souffrir dans la divinité ?
Tout mortel, à me voir, me prendrait pour un frère,