page suivante »
130 DU PRINCIPE MORAL mais cachant sous d'apparentes diversités une merveilleuse con- cordance, gardant son unité à travers le mysticisme de Fénelon, le scepticisme des Encyclopédistes et le rationalisme de Jean- Jacques, et marchant toujours à la même conclusion, l'égalité de tous les hommes et leur fraternité devant Dieu. » Nous ajoutions.- « la France n'est pas un poète peut-être , elle est mieux que cela, elle est un héros ! ce que d'autres voient dans leurs rêves et ce qu'ils chantent, la France l'accomplit de ses mains. » Nation merveilleuse chez qui l'action devance la rapi- dité même de la pensée ! Vainement les philosophes s'élancent dans l'avenir avec toute la hardiesse des théories ; au premier mouvement de ce peuple, les théories sont dépassées ; dans les problêmes qu'une époque doit franchir , il va plus vite et plus loin avec un sentiment que les penseurs avec toutes leurs lu- mières ; les difficultés pesantes que la science ne saurait mou- voir avec toutes ses ressources, un seul battement du cœur de ce peuple les soulève, et la route nouvelle est frayée pour le genre humain. Hier, cet éclaireur des nations semblait avoir abdiqué son rôle périlleux et sublime. Tous les peuples qui attendent et qui souf- frent se demandaient avec inquiétude : où est la France ? Cette colonne de feu qui dirige les esprits n'était plus qu'une nuée té- nébreuse; cette nation qui entraîne le monde à sa suite mar- chait au rebours de ses propres destinées. Chez le peuple apô- tre et martyr, des voix avaient proclamé la politique de l'égoïsme et de la peur. Le premier, ce peuple 4enta d'appliquer à la société terrestre l'égalité fraternelle de l'Evangile, et le Mammon delà ri- chesse rêvait de le soumettre à une sordide oligarchie. Comme à Prométhée sur le Caucase, les faux dieux avaient forgé à ce peuple une chaîne de granit et de fer pour le punir d'avoir révélé aux humains le feu divin de la liberté. Dans une enceinte de forte- resses on avait emprisonné cet esprit de prosélytisme, devant qui doivent tomber toutes les frontières. Le Titan prophétique semblait accroupi et résigné ; et voilà que, d'un seul bond, il a brisé toutes ses entraves et qu'en trois heures il a balayé de l'Olympe social toutes les divinités du passé.