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                      DANS Là RÉPUBLIQUE.                       131

   Ce que tous les calculs et toutes les prévoyances faisaient con-
sidérer comme impossible, le peuple de France vient de l'ac-
complir d'un seul coup de main, à l'aide de cette force qui n'a
pas besoin de calculer et de prévoir, parce qu'elle a Dieu pour
guide. Souvent déjà, en vous parlant de faits littéraires, au-
dessus de toutes les règles , de tous les préceptes , de toute la
science acquise, nous vous avons signalé comme l'agent suprême
des grandes choses cette force d'inspiration qui reste indépen-
dante de toute direction réfléchie, de toute volonté humaine.
Dans les faits sociaux, il se manifeste une pareille puissance de
spontanéité qui plane au-dessus de tous les calculs. Comme il y
a des hommes de génie, il y a des peuples de génie, et dans la
vie de ces peuples il y a des moments d'inspiration qui rendent
un seul jour plus fécond que tout un siècle. Pendant que lea
hommes de théorie et de calcul étudient les difficultés et s'arrê-
tent devant elles , les hommes chez qui le sentiment domine les
franchissent d'un seul pas. Tandis que le philosophe discute en-
core sa route , le héros se précipite et touche déjà le but. Si c'est
l'intelligence qui propose, c'est le cœur seul qui accomplit. Les
peuples d'imagination ou de calcul sont parfois les premiers à
 entrevoir une idée , mais souvent les derniers à la traduire en
acte. Or, la France est avant tout un peuple de cœur; durant que
 les autres cheminent lentement, elle peut quelquefois s'arrêter et
s'endormir sur son chemin ; en une heure d'héroïsme, elle se
placera encore à la tête de la caravane ; elle va plus vite dans les
réalités que les penseurs dans les utopies.
   Comme un terme encore lointain du progrès social pour les
nations de l'Europe, les penseurs caressaient la noble idée d'une
forme politique qui, supposant à tous les hommes du dévoûment
et des lumières, leur accorde à tous une dignité et des droits.
Ceux-là même qui l'appelaient de leurs vœux les plus ardents
n'espéraient pas s'asseoir à cette communion fraternelle de toute
la famille humaine ; avec lenteur et dans l'ombre nous y prépa-
rions nos neveux ; en présence d'une hostile réalité, ce n'était
pour nous qu'une chère vision. Mais derrière ceux qui parlent et
ceux qui rêvent, il y avait ceux qui sentent et qui agissent forte-