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NAPOLEON A LYON. 125
€e petit colloque termina l'audience.
L'empereur ayant fait remettre notre aigle au comte Germa-
nowski, désigné pour en être dépositaire, ce brave colonel vînt
le montrer aux officiers et aux citoyens qui se trouvaient en
grand nombre sur la terrasse du Palais. A la vue de l'éten-
dard impérial, la foule qui, depuis trois jours n'avait pas cessé
d'entourer l'Archevêché, battit des mains et remplit les airs de
vivats et d'acclamations prolongés.
Pendant ce temps, nos camarades de la députation, dont la
curiosité avait été excitée au plus haut point par les quelques
paroles échangées à voix basse et presque mystérieusement entre
l'empereur et Camille nous demandaient ce que Napoléon avait
eu de particulier à nous dire. Comme on le pense bien, nous
éludâmes du mieux qu'il nous fut possible de répondre à leurs
questions ; puis, saisissant le premier prétexte honnête, nous
nous séparâmes d'eux pour revenir, Camille et moi, chez le
général Drouot, qui nous attendait.
Le général nous apprit que les renseignements arrivés du
Midi faisaient juger que l'envoi de deux messagers n'était
plus nécessaire et que ne devant plus employer qu'un seul de
nous, il avait semblé tout naturel à l'Empereur de choisir celui
dont l'absence laisserait le moins d'inquiétudes derrière lui ; que,
par conséquent, tout en me sachant gré du zèle que j'avais mon-
tré pour son service, S. M. avait décidé que Camille seul serait
chargé du message à porter au duc de Rivoli, ensuite présentant
à mon ami un canon de plume : < Voici, lui dit-il, les ordres
>
que l'empereur vous confie : ils sont renfermés dans cette
plume afin, que si, contre toute probabilité, vous tombiez
entre les mains de gens mal intentionnés, vous pussiez faci-
lement faire disparaître ce petit objet qui ne saurait attirer
plus d'attention qu'un simple curedent dont il a la forme. »
Drouot donna encore quelques instructions à Camille, qui
promit de se mettre en route le jour même, puis, nous ayant
embrassés tous deux, il nous quitta pour aller s'occuper des
préparatifs de son propre départ.