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 94                   EXPOSITION 1847-48.
  ses figures , dont les attitudes , le geste , les accessoires sont
  étudiés et rendus avec soin. La Fête des paysans romains est
 justement admirée pour l'harmonie de l'ensemble et le fini des
 détails. Nous reprocherons cependant à M. Montessuy l'incorrec-
 tion de dessin de la femme vêtue de jaune , dont on ne sait où
 trouver les jambes.
    M. Bazin a exposé deux charmantes figures d'enfants ; la pe-
 tite fille surtout : le ton de la chair est d'une suavité qui rap-
 pelle le Corrège dans les préparations de ses tableaux restés à
 l'état d'esquisse.
    Comme il est à peu près impossible de peindre l'action com-
 pliquée d'une bataille, les peintres, pour conserver de l'unité à
 leurs compositions , ont pris le parti de ne pas les représenter
 du tout ; ils se contentent d'arranger un groupe conventionnel,
 n'ayant rien de significatif que l'uniforme et formant une es-
 pèce de symbole absolument inintelligible en lui-même si le li-
 vret ne se chargeait d'en donner la clé. Il y a même une re-
 cette pour faire toutes les batailles possibles : vous prenez un
 mort ou un mourant, un affût de canon ou un caisson renversé,
 un cheval blessé ou un bien portant lancé au galop , un général
 et un aide-de-camp , des casques ou des chapeaux sur le pre-
mier plan , plus une semelle de botte ; vous accommodez le tout
avec beaucoup de fumée et vous peignez chaud. Cela s'appelle,
 suivant le besoin et le costume : Bataille de Nenvinde , de Wa-
terloo , de Denain, de Lawfeld, etc. M. Bellangé, ce grand
peintre des soldats après Charlet, a tourné la difficulté d'une au-
tre manière ; il nous montre le Lendemain de la bataille de Wa-
gram : Napoléon parcourant le champ de bataille et faisant donner
des secours aux blessés. Ce tableau est une réduction pleine de
vie et de mouvement d'un plus grand tableau , le meilleur ou-
vrage de Bellangé.
    Le Dante de M. Glaize , où l'on trouve une grande intelligence
des effets, est d'un dessin élégant, mais qui parfois n'est pas
suffisamment rendu , d'un coloris doux, mais quelque peu sourd
et voilé. M. Glaize est un de ces artistes à imagination féconde
qui doivent se défier de leurs brillantes dispositions.
    Consolatrix afjlictorum. C'est l'œuvre d'un jeune homme qui,
après avoir remporté d'une manière éclatante le grand prix de
peinture, a fait ses cinq ans d'études à Rome ; dans cet intervalle,
il a envoyé à l'école des Beaux-Arts divers tableaux qui présa-
geaient un coloriste élégant et fin ; encouragé par des éloges mé-
rités, M. Papety a'voulu tenter l'épreuve du Salon, et a exposé son
Méve de bonheur. Laissons les socialistes s'extasier sur cette œu-
vre manquée, et demandons à M. Papety s'il faut encore aller
chercher l'explication de son tableau Consolatrix afjlictorum
dans les allégories utopistes ; sans doute ces draperies raides
et mal agencées , cette lumière partout égale , ces chairs lourdes,