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EXPOSITION 1847-48. 95 ce modelé douteux , sont autant de symboles dont le sens nous échappe. 11 faudra nous résigner à n'accorder à M. Jacquand que la part d'éloges qu'il ambitionne, à savoir celle qui s'adresse aux étoffes et autres accessoires. La Dernière exhortation est très- mélodramatique de composition fort adroitement exécutée , mais les corps manquent de ce modelé intérieur qui est à la couleur ce que le squelette est à la chair,, et qui peut seul donner à la forme sa vie, au mouvement son ressort, à l'attitude sa logique et son équilibre. Dans l'art religieux, au moyen-âge, tout avait un sens caché, une signification consacrée ; telle idée devait s'exprimer irrévo- cablement avec telle couleur, et tel principe correspondait à telle forme indiquée et connue. La Renaissance a détruit toutes ces vieilles formules ; trois siècles d'oubli ont anéanti cette li- turgie de l'art ; mais voilà qu'une certaine classe d'individus, en tête desquels figurent les élèves de M. Ingres , essayent de faire revivre les mystères de cette langue perdue ; ce que nos pères étaient tout naïvement, ils veulent le devenir par l'érudition ; cette comédie de la candeur et de la foi ne leur réussit guère ; il est vrai que si leurs tableaux ne sont pas des œuvres d'art, ils peuvent passer pour des serinons ; par ce moyen , si l'on ne parvient pas comme peintre, on peut se poser comme habile clerc; ceci nous a été suggéré par le portrait de M. Lacordaire qui montre clairement que l'artiste s'est beaucoup plus préoccupé de rajeunir les traditions symboliques de l'art religieux que de faire un bon portrait ; il n'a pas saisi l'expression fine de la phy- sionomie du dominicain : le bas du visage est lourd, le ton gé- néral froid à l'extrême ; en résumé , il pêche un peu par la res- semblance et beaucoup par l'expression ; mais il y a ce tronc d'arbre entamé d'un coup de hache et ce vigoureux rejeton et ces aigles qui voltigent dans le lointain c'est ingénieux, fin et surtout très-orthodoxe. Si jamais la Sorbonne et Saint- Sulpice venaient à manquer de théologiens , on leur trouverait des successeurs parmi les peintres. Quelque recommandables que soient les meilleurs portraits sous beaucoup de rapports, ils sont faits dans des systèmes tellement différents de dessin , de composition, de coloris, qu'ils embarrassent fort la critique. Quand on a à sa disposition la palette de MM. Bonefond , Blanchard, Laurasse, Trimollet, Bonirote, etc., pourquoi avoir recours à M. Lepaulle pour se faire portraire. Si, au contraire , c'est par choix et par goût, nous plaignons M. de Ch... , c'est une victime de l'amitié. La Sultane , la Favorite, du même artiste , offrent, comme à l'or- dinaire, une profusion d'étoffes fanées , drapées avec toutes les prétentions possibles. Lyon est la terre classique des peintres de fleurs ; nous pouvons