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EXPOSITION 1847-48. 93 bien posées , sont toujours ce qu'elles doivent être. Le Puits de Daphné est une toile que tout amateur voudrait voir dans son cabinet. M. Bonirote a exposé deux bons portraits dont l'extrême ressemblance est le moindre mérite. La Fontaine des quatre Dauphins de M. Thiénon est un des jolis tableaux du salon, plein d'air et de soleil, bien peint, et d'un effet vrai. M. Villeret a une Vue de l'ancienne Abbaije de la Chaise-Dieu pleine de jolis détails, faite très spirituellement. M. Biard , que les lauriers de Cham et de Daumier empêchent sans doute de dormir, nous a envoyé des Charges peintes qui ne font honneur ni à son talent, ni à son goût. M. Hildebrand. de l'École de Dusseldorf, qui sait se montrer artiste éminent dans les voies si diverses du genre de l'histoire, et dont on a pu admirer au Louvre les ravissants paysages, nous a envoyé une page fort originale : c'est une peuplade depingoins très-bien peints, au bord d'une mer très-bien rendue. Quel beau coup de soleil que celui qui illumine ces haillons picaresques où tout ce qui n'est pas tache est trou ! et comme ils sont fièrement portés par les Mendiants espagnols de M. Leleux ! L'habileté bien connue de M. Lepoitevin ne s'est pas démentie dans les deux tableaux qu'il nous a envoyés cette année : c'est toujours vif, spirituel, sûr de lui-même qu'il a déjà produit tant de jolies pages, peut-être ont-elles le tort de se ressembler toutes ; mais ce qu'on ne saurait nier sans mauvaise foi, c'est qu'elles plaisent également. M. Barry s'est fourvoyé dans son tableau de François 1er visitant le château d'If. C'est de la peinture sans vie , sans relief, qui affiche de grandes prétentions et qui produit peu d'effet. Cet artiste a déjà renié la bonhomie et la simplicité qu'on admirait en lui à ses débuts , à peine en retrouve-t-on quelques traces dans son Effet de brouillard, un Grain. M. Morel Fatio sait la mer comme pas un et la rend d'une manière vraie sous tous ses aspects. — N'oublions pas les petits tableaux de marine de M. Garneray si pleins de verve. — Ceux de M. Mayer d'un pinceau moins sûr de lui-même peut-être , mais qui ne manquent pas d'un certain mérite. Nous ne dirons rien des esquisses de M. Lessore , erreur d'un homme de talent; si elles ont été exécutées dans l'intention de faire la charge des imitateurs de Delacroix , le but est atteint. Si nous cherchons parmi les peintres qui ont envoyé des ta- bleaux au Salon, un artiste qui réunisse le caractère et l'origi- nalité , le goût et les aptitudes qui constituent un bon peintre de genre, nous trouvons M. Montessuy ; dessinateur habile , possé- dant bien toutes les ressources du clair-obscur et du coloris ; il redoute les effets trop éclatants qui éloigneraient l'attention de