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488 UN CHAPITRE INÉDIT de la maison de commerce qui avait accueilli Chalier, subju- gué par l'entraînement chaleureux de son jeune associé, avait embrassé la même cause; esprit à conviction, calme et éner- gique, il avait brisé les liens de ses précédents et de ses entou- rages; riche et négociant, membre d'une famille où l'on avait toutes les idées et même tous les préjugés de ces deux po- sitions, il était allé résolument au parti où l'on déclamait avec une violence menaçante contre la richesse et le nègo- ciantisme; plus tard, il mourut pour la religion politique à laquelle il s'était dévoué. Un autre négociant, Cusset, carac- tère beaucoup plus commun, et qui du moins avait pu être poussé par une crapule populaeière, figurait dans la même faction. Nous y remarquons encore Gaillard, esprit mélan- colique, que son suicide transforma en saint de la Révolu- tion , comme le fit l'échafaud pour Chalier. Bottin, curé de Saint-Just, à qui un mélange d'idées mystiques et démo- cratiques avait donné un cachet particulier, avait par là môme acquis une grande influence sur les femmes : c'est lui que les femmes révolutionnaires de Lyon reconnaissaient pour leur guide ; il en avait formé des sociétés populaires et même un bataillon armé de piques. L'ex-prôlre Laussel avait, au con- traire, abdiqué complètement son caractère sacré, et devan- çait par ses mœurs, encore plus que par son langage, le moment où l'apostasie publique serait érigée en vertu ci- vique. Cet homme, fripon fieffé recouvert du masque démo- cratique, avait de l'adresse, de l'habileté, des talents même qui expliquent le rôle qu'il joua, malgré le mépris qui rejail- lissait sur sa conduite privée. Puis viennent, dans les actes et les écrits du temps, les noms des Hydins, Achard, Pipon, Fillion, Thonion, Riard et une foule d'autres, aujourd'hui parfaitement obscurs. Ces personnages étaient alors des célébrités de clubs, où ils avaient acquis de l'importance soit par la faconde de leur