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450              DES CARACTÈRES GÉNÉRAUX

la définir en exposant l'esprit et les caractères fondamentaux
de la philosophie de notre pays, depuis son origine jusqu'à
nos jours.
    Du fond commun de la philosophie scholaslique commen-
cent à se détacher, au XVIe siècle, les philosophies natio-
nales de l'Europe moderne. Déjà, dans Ramus, se mani-
feste l'esprit qui doit caractériser toute la philosophie fran-
çaise. En effet, quel a été le but de l'entreprise philosophique
si éclatante, si audacieuse de Ramus? Affranchir à jamais
la philosophie de l'autorité d'Arislote et de toute autre au-
torité sauf celle de la raison, la mettre à la portée d'un plus
grand nombre d'intelligences, la faire sortir de la théorie
pure pour entrer dans les applications et dans la pratique.
 C'est pourquoi dans ses écrits et dans ses leçons il dépouille
toutes les 'vieilles formes de la philosophie scholaslique, pour
y substituer des formes littéraires et oratoires, c'est pourquoi
 il accompagne d'applications et d'exemples ses préceptes de
logique, nouveautés qui font scandale dans la vieille uni-
 versité de Paris. Enfin Ramus, en introduisant l'usage de la
langue commune à la place de la langue latine dans les
 ouvrages de la philosophie a, le premier, renversé cette in-
 franchissable barrière qui fermait au grand nombre l'accès
 des questions philosophiques. Plus de 50 ans avant le dis-
 cours de la méthode, Ramus a publié en français un traité
 de dialectique. Ainsi, brillant et malheureux précurseur de
 Descartes, il inaugura avec éclat la philosophie française, au
 milieu du XVIe siècle, et au sein môme de l'Université de
  Paris. Il paya cet honneur de sa vie, et, le jour de la Saint—
  Barthélémy, il périt victime des haines religieuses et phi-
  losophiques accumulées contre lui. A la même époque, l'Italie,
  plus encore que la France, produisait de hardis novateurs
  en philosophie. Parmi eux il en est qui ont quelque temps
  vécu et enseigné en France, et qui, sans nul doute, ont con-