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                         ET DE SA RÉPARATION.                            361

  faudrait se servir de la raison pour en sortir. Ils ne com-
 prennent pas que le primitif, c'est l'absolu ; autrement rien
 n'aurait pu se soutenir, et l'être ne serait pas ; et l'ôtre n'é-
 tant pas, il ne pourrait jamais être. Pour que l'être soit, il .a
 fallu qu'il fût de toute éternité; et pour qu'il fût de toute
 éternité, qu'il fût absolu.
    La notion du fond de la raison est l'absolu ; quiconque en
 métaphysique prendra une autre base sera un démolisseur de la
 raison. Aussi, je crains bien de voir avant peu le rationalisme
 procéder lui-même à la destruction de la raison. Il aura
 compris qu'elle a passé toute entière chez ses ennemis (1).
    Ce système a consacré ses plus beaux travaux à nous élever
jusqu'il la raison, à établir que le vrai est en elle; et, par
une fatalité malheureuse , il l'y a laissé. On devait croire,
qu'ayant ainsi trouvé le siège du vrai, il allait en partir ! Mais
 (quoique contre son gré), le rationalisme n'a fait que mettre
la raison au service de l'empirisme, apporté chez nous le
siècle dernier par le sensualisme anglais. On dirait que nous
avons été trahis même sur le champ de bataille de la philo-
sophie !
    Le rationalisme a été tout simplement victime du point de
vue humain.


   (i) D'abord , on n'avouera pas qu'on n'aime plus la raison , mais on
 commencera par substituer l'érudition à la raison ; puis on lui substituera
 une méthode, puis toutes les facultés du moi les unes après les autres,
 comme on l'a déjà fait. Et l'intelligence, une fois délivrée de la raison,
pourra facilement faire la critique de la raison ! Alors on mettra toute la
philosophie dans la philologie ; la philologie sera en grand honneur, tandis
que l'on regardera la pensée comme quelque chose de fort mince. C'esl tou-
jours ainsi qu'une philosophie qui a régné proclame sa décadence.
   En annonçant ce fait, je ne suis pas grand prophète ; Paris ne peut tarder
à en donner l'exemple. Beaucoup d'esprits y semblent portés à un tel degré
de vanité, qu'ils doivent déjà étendre leur mépris à tout ce qui est élevé !