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306               MÉMOIRE SUR L'ATLANTIDE.

 des Atlantes. D'Anville regarde comme une fable ce qu'Arîs-
 tote, Diodore racontent de celte île dont nous avons parlé
plus haut, et que les Carthaginois découvrirent et défendirent
d'habiter, et Gosselin cependant l'admet et reconnaît l'iden-
tité de celte ile avec une des îles Canaries.
   Le célèbre Cuvier, dans son beau discours sur les révolu-
tions de la surface du globe, regarde aussi comme romanes-
que la tradition de l'Atlantide ; mais il n'en parle qu'en
passant ; il n'entrait pas sans doute dans son plan d'exami-
ner à fond cette question. S'il l'avait examinée, il l'aurait
sans doule traitée avec ce génie profond et créateur qui l'a
rendu un des plus illustres historiens des secrets de la nature
et aurait sans doute été frappé des preuves si nombreuses et
si fortes qui ont entraîné notre conviction.
   Ce concert d'auteurs grecs et latins à peine infirmé par
deux ou trois auteurs modernes, quelque renommés qu'ils
soient, ce concert d'auteurs anciens (que serait-ce, si tous
étaient parvenus jusqu'à nous ?) ne semble-t-il pas nous indi-
quer une tradition constante de ce grand événement, tradi-
tion qui, passant d'âge en âge et s'affaiblissant à chaque siè-
cle, a laissé du moins après elle une idée confuse et vague?
   Ainsi, l'existence de l'Atlantide doit être reconnue, et nous
ne saurions raisonnablement la reléguer au nombre des îles
fabuleuses ; et notre sentiment paraîtra bien plus vrai, quand
nous aurons rapporté dans les chapitres suivants les preuves
physiques qui nous autorisent puissamment à croire à l'exis-
tence ancienne et à la disparition subite d'une vaste étendue
de terres entourées par les eaux.