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DE LA LANGUE MATERNELLE. 243 qu'il dirigeait lui-môme , et qu'il faut un degré supérieur d'intelligence pour atteindre au terme. Cela ne saurait avoir un grand inconvénient pour ce qui concerne l'étude de la langue proprement dite : il n'est pas nécessaire que les arti- sans, les cultivateurs, les bergers se rendent bien compte de la construction d'une période ; mais en est-il de même pour ce qui concerne l'enseignement religieux et moral? Les gran- des vérités, les maximes importantes que l'auteur enseigne et développe dans sa dernière partie du cours, ne sont-elles pas essentielles à connaître pour tous, et faut-il renoncer à les posséder parce qu'on n'a pas le temps ou l'intelligence suffisante pour suivre le cours de langue dans son entier ? Bien des moyens se présentent de suppléer à ce déficit ; on peut y pourvoir par des lectures, par des entreliens, par des dictées, etc. Mais alors ne semble-t-il pas que l'utilité qui peut résulter d'associer ces graves objets d'enseignement à la marche entière du cours est fort restreinte, et ne compense peut-être pas le travail que cette méthode exige du maître et des élèves ? Mais de toutes les objections, la plus grave, celle qui rend à nos yeux très problématique l'application de la méthode imaginée par le respectable Père Girard , c'est qu'elle sup- pose de la part de celui qui est appelé à la mettre en prati- que une réunion de qualités extraordinairement rare. Il faut joindre à une piété aussi profonde qu'éclairée, à une charité vraiment chrétienne, à une douceur soutenue, à une patience à toute épreuve, un tact parfait, un jugement sûr, une apti- tude extraordinaire pour saisir les limites qu'on ne doit pas franchir, un savoir varié et beaucoup plus étendu qu'il ne semble d'abord nécessaire. Si le Père Girard n'ajoutait pas à ces éminentes vertus, à ces facultés si rares, une modestie plus rare encore, il n'aurait pas une si grande confiance dans la possibilité de réaliser le plan d'éducation qu'il a conçu, et