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244 DE L'ENSEIGNEMENT UÉGULIEK qu'il était peut-être seul capable d'exécuter. Confier une sem- blable tâche à un maître qui n'aime pas ses élèves d'un amour vraiment paternel et maternel à la fois, avec une entière abné- gation de lui-même ; à un maître qui ne soit pas doué de cette rectitude d'esprit, de ce bon sens, de cette intelligence de ce qui est vraiment à la portée des enfants, et de ce qu'il convient de leur dire et leur cacher, de cette promptitude de coup-d'ceil qui s'aperçoit aussitôt que leur attention est fati- guée et que leur esprit ne suit plus les explications, que de- viendra l'enseignement? Comment sera faite la part de cha- cune des branches dont il se compose? L'un se perdra dans des explications de mots et de termes, et en choisera qui n'au- ront aucune utilité directe ni indirecte ; l'autre entrera dans des détails sans fin sur la nature de l'homme, sur les parties de son corps, sur l'origine de la société ; l'autre s'appesantira sur les bases de la morale, sur les motifs de nos actions, et ne s'apercevra pas que ses élèves négligent des devoirs essentiels et d'une application journalière. Rien n'est plus funeste à l'ins- truction et à l'éducation que d'imposer une méthode, quelque parfaite qu'elle soit, à des maîtres qui ne la comprennent pas, qui n'en voient pas les avantages, qui ne la possèdent pas as- sez bien pour savoir la modifier suivant les circonstances sans en altérer l'esprit. On n'obtient de la sorte aucun résultat sa- tisfaisant, on perd les avantages de la méthode abandonnée sans acquérir ceux de la méthode adoptée , et au milieu de toutes cesfluctuations,de tous ces tâtonnements, l'esprit des en fants n'a pris aucune bonne habitude, ne s'est nullement rendu compte de la marche qu'on a voulu lui faire suivre, et n'a pas été convenablement occupé au moment le plus favorable pour apprendre ce qu'il a besoin de savoir. Les difficultés et les dangers redoublent lorsqu'il s'agit d'une méthode qui as- pire à former le jugement, à cultiver le cœur, a épurer les sentiments, qui, par conséquent, exige que toutes les facultés