page suivante »
DE LA LANGUE MATERNELLE. 237 elle-même, et qui, ayant tout, ne peut rien désirer dans son propre intérêt. Tout ce que nous pouvons et devons faire, c'est de subordonner dans la concurrence les désirs de l'amour de la jouissance aux exigences du devoir ; et encore, il faut l'ajouter, nous ne pourrions pas aimer le bien s'il ne nous faisait pas plaisir à sa manière. « Que les instituteurs se gardent donc bien de mettre leur art en opposition avec la nature, et de vouloir conduire leurs élèves où ils ne peuvent pas aller. Ce serait le moyen de les livrer au mal, bien loin de les en préserver. L'orgueilleuse philosophie de l'antiquité s'était avisée de défendre aux hom- mes toute espèce de retour sur eux-mêmes, sous peine de devenir étrangers à la sagesse et à la vertu : ils devaient même rester debout et sans peur, si l'univers tombait en ruines et si ses débris venaient les frapper. Certes, ce n'est pas sans raison qu'un censeur de l'antiquité lui a adressé ces paroles : « Je crains bien qu'en voulant faire des dieux, vous ne fassiez « que des brutes ? » « Où est-ce que nous prenons la connaissance du bien et celle du mal? Pas ailleurs assurément que dans la cons- cience, qui nous ordonne l'un et qui nous défend l'autre. Or, les ordres de la conscience sont accompagnés d'une sanction irréparable de promesses et de menaces. Elle nous dit : « Fais bien, et tu seras heureux ; lu ne le seras pas si tu fais le mal. » Elle n'est donc pas humaine, cette prétendue philosophie qui mutile l'humanité, en mutilant la conscience, et qui, au sur- plus, veut corriger l'œuvre du Créateur. « L'Evangile, qui est devenu et qui restera à jamais la lu- mière du monde, allie constamment, ainsi que la nature hu- maine et son auteur, les deux amours dont nous parlons, et il fait servir le plus noble au triomphe de celui que nous parta- geons avec l'animal. Le cours de langue suit les directions que lui a données le divin Maître, et que l'Apôtre a résumées en ces