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148               MADEMOISELLE DE MAGLAND.

mense chose qu'elle appelle « convenance sociale, » et qui sert
de règle à son existence tout entière, j'ai bien peur que ce ne
soit qu'un mot qui garotte les femmes, et pèse sur tous les bons
sentiments de leur cœur.
   Combien vous me manquez , ma bonne amie ! En votre absence,
je ne pense, je n'agis qu'en tremblant ; mon cœur, habitué à sou-
mettre ses mouvements désordonnés aux conseils de votre sage
amitié, ne sait plus où se prendre. Je ne m'accoutumerai point à
notre séparation, quelque passagère qu'elle soit ; pour moi, une des
peines les plus vives de l'absence, c'est de ne pouvoir me repré-
senter les lieux qu'habitent ceux que je regrette ; leur image m'appa-
raît bien plus distincte, quand je peux l'encadrer dans leur de-
meure ; le cœur les reconnaît mieux, quand il les voit au milieu
de leurs habitudes. Je ne vais jamais au Pré-de-Vert, sans avoir
le cœur serré à la vue de ses fenêtres fermées et de son jardin
désert. J'ai grand soin de votre serre, et je visite Souky tous
les jours ; elle attend patiemment le moment de son opération.
Adieu, ma bonne, mon excellente Sara, qu'il me tarde d'être au
printemps, puisqu'il doit vous ramener parmi nous ! Je serre la
main de toutes mes forces à votre bon Edouard.


                                 V.

           MADAME O'KENNELY A MARIE DE MAGLAND.

   Vous êtes une noble enfant, mais vous êtes une enfant. Avec
le facile enthousiasme et les généreux instincts de la jeunesse qui
portent à tout juger d'après soi, vous avez cru, ma chère Marie,
que la société tout entière devait vous accueillir comme si elle
n'était composée que d'amis, et qu'il suffisait de mériter son suf-
frage pour l'obtenir ; combien vous expierez cette tranquille et dan-
gereuse ignorance ! Vous apprendrez trop tôt, hélas ! que le monde
ne pardonne rien à qui dépasse le niveau vulgaire auquel il mesure
tout. Les caractères exceptionnels, les organisations en dehors de
)a règle commune le choquent, toute supériorité le blesse ; que s'il
est forcé d'admettre cette supériorité chez une femme surtout,