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145 MADEMOISELLE DE MAGLAND. vauce, et que, malgré l'examen le plus sévère de ma conduite, il m'est impossible de trouver un tort où elle voit une faute grave; découragée, je renonce à combattre tant de mauvais vouloir, et je gémis de tant d'injustice ; ainsi, cet avenir que j'avais rêvé si beau, si complet, se couvre déjà d'un nuage! ce bonheur que j'ai rêvé si beau, si complet, à quel prix l'obtiendrais-je? Raoul ne regrettera4-il pas un jour d'avoir imposé à sa mère une brue si peu selon son cœur î Placé entre son respect pour elle et son affec- tion pour moi, ne trouvera-t-il pas une source de peines dans cette lutte incessante? A cette pensée, je me sens morne, abattue, dé- sespérant de la vie, de moi et des autres ! Dans d'autres inslants, si Mme de la Rochemarqué laisse tomber sur moi un regard moins hostile, si je surprends un mot seulement poli, dans sa conver- sation ordinairement si sèche, alors bannissant toutes craintes, je me jette toute entière dans d'enivrants pressentiments d'amour et de bonheur ; j'accueille toutes les espérances de l'avenir ; je me laisse aller à de folles joies, j'éprouve alors une plénitude de vie qui m'oppresse presque jusqu'à la souffrance. Oh! Sara, l'amour de Raoul est ma vie ! il occupe toutes les sources de ma pensée, il exclut tout autre objet que lui-même, il a tout envahi, il absorbe tout ! Je frémis, quand je sens que toutes les saintes affections qui remplissaient mon cœur pâlissent et s'effacent, et que lui seul les remplace toutes ! J'ai peur que la Providence ne condamne une passion qui dénature ainsi les sentiments les plus sacrés! Jamais Raoul ne me parle de sa mère, mais il souffre, j'en suis sûre, de la froideur avec laquelle elle me traite ; mon père lui- môme, mon excellent père n'a pu adoucir ce triste caractère. Mon oncle et Alix sont les seuls ici auxquels elle veut bien té- moigner quelque bienveillance; la nature vulgaire de l'une, sans lui plaire, n'a au moins rien qui choque ses idées, et l'autre, qui dans son respect chevaleresque pour toutes les femmes, a pour elle la plus entière déférence, lui semble fort convenable, qualité qui dans son esprit équivaut à toutes les autres. M. de Blossac, dont vous avez entendu Raoul vanter les aimables qualités, a grand peine aussi à trouver grâce à ses yeux. Sa gaîté et son laisser- aller lui paraissent un peu trop en dehors « du respect dû aux 10