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350                    FUITE ET ARRESTATION

« pour laquelle nous avons combattu en serait-elle moins
« sainte et moins vraie, l'indépendance nationale et la haine
« du roi? »
    A cette demi-révélation, Dussert, Durif et Cousseaux gar-
dèrent le silence; mais, le lendemain, en traversant la Combe
d'Olle, vallon au fond duquel coule le torrent d'Olle, Dussert
le moins aigri des trois, s'approcha de Didier, le prit à part, et,
pendant que Durif et Cousseaux marchaient en avant, il le
supplia de lui expliquer le sens énigmatique de ses paroles de
la veille, en lui demandant quel était le prince qu'on eût placé
sur le trône si le complot eût réussi.
    — « Le duc d'Orléans, répondit Didier! — « Le duc
d'Orléans! sécria Dussert; la France ne l'aurait pas voulu.
— « Cette hypothèse avait été prévue, répondit Didier, et
peut-être alors eussions-nous déclaré une république. »
    Le duc d'Orléans ! le duc d'Orléans , répétait Dussert, le
duc d'Orléans ! — Bourbon pour Bourbon, j'aimais autant
Louis XVIII (1).,
    Les aveux de Didier avaient fait une triste impression sur
l'esprit de ses anciens complices : avoir été trahi par cet
homme, c'était en quelque sorte autoriser les représailles à
son égard. En fallait-il davantage pour faire germer les pen-
sées mauvaises dans des âmes sans élévation et des cœurs sans
générosité, lorsque avec cela la misère et le malheur fai-
saient encore sentir leur terrible aiguillon.
    De ce moment donc, la perte de Didier fut résolue : peut-
être même l'était-elle déjà.
    Après la scène d'imprécations dont nous venons de parler,
Cousseaux s'était séparé de Didier, et c'est avec Dussert et Du-
 rif seulement qu'il arriva le soir du même jour à St-Sor-

  (i) Cette importante déclaration a été faite en 1819 par Dussert lui-même
à M. Joseph Rey, alors avocat à Grenoble.