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14 SÉJOUU DE J . - . I . BOCSSKAU pour Thérèse Levasseur qu'il avait élevée jusqu'à lui, quoi- que si peu susceptible de le comprendre. C'est ainsi qu'avant de fuir Grenoble, où de nouveaux chagrins l'accablaient ; il reportait vers elle son souvenir et lui exprimait, en ces termes, ses sentiments d'amitié; c'était à la fin de juillet 1768: « En- nuyé, dégoûté de la vie, je n'y ai cherché, et je n'y ai trouvé d'autre plaisir que de chercher à vous la rendre agréable et douce; dans ce qui peut m'en rester encore, je ne changerai ni d'occupations, ni de goût. » C'est en vain que le comte de Clermont-Tonnerre, lieu- tenant-général des armées du roi, commandant en Dauphiné, voulut le retenir à Grenoble auprès de lui. Rousseau qui abandonnait le prince de Conli et sa demeure, qui n'avait été sensible ni à l'amitié, ni aux attentions délicatesdeMmed'Ëpinay, ni aux prévenances, ni aux bienfaits du maréchal de Luxem- bourg, rejeta ses offres, aussi bien que celles de quelques généreux Grenoblois qui essayèrent inutilement de le garder parmi eux. Une longue et difficile négociation, conduite avec bonté par M. de Clermont-Tonnerre, s'engagea entre M. Faure de Grenoble, et le pauvre J.-Jacques, qui ne voulait pas devenir son obligé, ni accepter un logement dans sa maison de campagne, sans connaître à fond les motifs véritables d'un tel empressement à le servir, sans savoir au juste, à quoi, lui Rousseau, s'engageait en y entrant. Son esprit soupçonneux trouva sur ces entrefaites, non pas un sujet, mais un prétexte de refus; il naquit de l'histoire qu'on va lire. Il y avait, à Grenoble, un misérable nommé Thevenin, ou- vrier corroyeur, perdu de réputation, condamné déjà par un jugement public comme imposteur. Cet homme annonçait publiquement que J.-Jacques était son débiteur, lui ayant emprunté, à la manière des escrocs, dans un instant de pénu- rie, la somme de neuf francs, qu'il réclamait en vain depuis plus de dix années. Cette ridicule calomnie, que des ennemis