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A BOURGOIN'. 15 firent circuler dans le monde, en la commentant de mille fa- çons, aurait été méprisée par tout autre que par Rousseau , mais il se trouva incapable de la supporter. Dans son trou- ble, dans son désespoir, il ne sut point déjouer les perfides manœuvres de ses adversaires ; au lieu de faire face à l'o- rage, il se sauva à Bourgoin. Sa fuite, l'animosité, le scan- dale donnèrent à cette bagatelle de grandes proportions, un véritable éclat. Bientôt Rousseau vit dans ce Thevenin un émissaire des philosophes, il songea à se justifier p u - bliquement; il écrivit de Bourgoin, à ce sujet, de nombreu- ses lettres à MM. de Clermont-Tonnerre, Bovier, Faure, Du- pérou, etc. ; il composa des mémoires, poursuivit une pro- cédure, sollicita un arrêt de la justice. Tous ses amis l'assistè- rent, et cependant J.-Jacques trouva le moyen de leur savoir mauvais gré de leurs peines et de leurs démarches. Il vit dans leurs efforts une comédie arrangée à l'avance, plutôt que l'in- tention de confondre le calomniateur. M. Faure était gagné, M. Bovier vendu, un troisième dans l'erreur, le gouverneur qui offrait de punir Thevenin, de l'emprisonner, n'accordait pas, à ses yeux, une satisfaction suffisante, il l'outrageait en ne proclamant pas avec éclat le résultat de l'enquête. M. de Clermont-Tonnerre, en effet, reconnut et fit reconnaître la fausseté des assertions de Thevenin, mais elles lui parurent indignes d'occuper le public d'une manière officielle. Dès cet instant, malgré tout ce qu'il put faire, les sentiments de Rousseau pour lui furent moins affectueux. Après des récri- minations injustes, des "plaintes exagérées, il cessa ses rap- ports avec ses amis grenoblois. Pour lui, ils étaient tous cou- pables au même chef que Thevenin ; ils avaient failli, disait-il, le perdre complètement par leurs mauvais procédés. Durant plus de trois mois, celte affaire fut la seule qui occupa son es- prit ; elle avait pris dans sa pensée une importance immense que ne lui accordèrent jamais les hommes raisonnables, c'est