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ses portes au public. La population s'effraye et va chercher
un asile sur les hauteurs: elle encombre les routes, dans la
campagne. On ne voit que charrettes chargées de meubles et
de matelas, on ne voit que familles consternées s'éloignant de
Lyon à pied ou en voitures, sous des torrents de pluie, et à
travers d'impraticables chemins.
   À côté de ce sombre tableau est venue contraster plus d'une
scène bouffonne, et le caractère français se révèle encore jus-
que dans celte affreuse tourmente. Ici, ce sont des lazzis que
se renvoient, des fenêtres aux barques, et passagers et curieux.
Là, des gamins naviguent sur des planches, dans des bennes,
dans des baquets^ et culbutent à qui mieux mieux. De ce côté,
de jeunes hommes, pour un modique salaire, vous transpor-
tent sur leur dos el quelques-uns vous laissent, les pieds dans
l'eau, au milieu de votre course, aux grands éclats de rire
des spectateurs.
    Notre ville, nouvelle Venise improvisée, présente un étrange
 et curieux spectacle; on n'entend que la voix du naulonnier;
tout y est triste et silencieux; tout y prend un aspect grandiose
et nouveau. On sent que la mort plane sur vous et vous cerne
 de tous côtés.
    La place Bellecour est devenue un vaste lac. Une voilure
y vient enlever un poste de soldats oubliés. On sepromène en
bateau sous les Tilleuls, et, comme le disait Paradin, les pois-
 sons nagenlentreles arbres où les oiseaux avaient l'habitude de
se percher. Le cheval de la statue de Louis XIV a l'air de galo-
per sur cette immense nappe d'eau. Le Gymnase, vu de
la rue Saint-Dominique, ressemble assez à l'arche du dé-
luge amarrée sur la place des Jacobins. L'hôtel de la Pré-
fecture est, au style près, un véritable palais vénitien. Nos
gondoles peuvent y circuler à l'aise. On y pêche de superbes
truites. On navigue dans la galerie de l'Argue. La place des
Cordeliers, avec son église, avec sa large et belle rue Gre-
nette, avec sa colonne cannelée du Méridien, rappelle, de très
loin, la place Saint-Marc à Venise.