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156 quelle vous vouliez en vain donner l'apparence du mépris, cette vieille chapelle où bien des infortunés peut-être étaient venus, pleins de foi, demander du soulagement pour leurs malheurs, ou se consoler un moment par la prière de n'en pas obtenir encore! La tempête peut longtemps gronder, mais le calme renaît toujours. Tout ce qui tient à nos fai- blesses et â nos misères, tout ce qui tient à notre cœur et à nos peines ne s'efface jamais quoiqu'on fasse, et rien n'y tient comme les croyances religieuses. Si vous donniez bonheur et plaisir à tous, pour toujours et sans cesse, peut-être le be- soin de la prière et d'un culte disparaîtrait-il, or, de bonne foi qui croirait cela possible ? Un soir, il tombait une neige mélangée de pluie. C'était le temps de la lune, elle éclairait faiblement, mais elle éclairait assez pour qu'on trouvât son chemin. Poussé par je ne sais quelle irrésistible pensée, je quittai le coin de mon feu et je me rendis aux Conches, malgré la longueur du tra- jet. Il y avait une telle ardeur dans mon esprit, j'avais un tel besoin d'être ému que rien ne m'aurait arrêté. Il fallait gravir la montagne par un sentier glissant. Mon pied ne s'ef- fraie ni ne recule au roulement des pierres qu'il fait des- cendre; j'arrivai vîte sur la crête et je m'acheminai vers la chapelle. La neige tombait enfloconsépais qui, peu gelés, se fondaient en tombant et faisaient un bruit triste et doux sur les dernières feuilles des noyers. Ces beaux arbres, de distance en distance et sans suivre de ligne, semblaient des abris ménagés pour les attardés de la journée ou les men- diants qui ne pourraient pas, avant le soir, gagner le chaume sous lequel ils demandent à passer la nuit. Les chiens criaient dans la plaine, et, dans l'éloignement, des lumières tremblantes paraissaient aux vitres des maisons. Quand il fallut traverser les bois et longer la Montagne- Noire dont on raconte mille histoires, il me vint bien dans