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•m parfums, les arbres les mêmes ombrages, et l'œil habitué à contempler au dessous de lui, se lasse des longues lignes plates qu'il suit de tous côtés. L'air est moins vif aussi, l'on ne voit plus l'orage, on n'entend plus d'aussi près le tonnerre, tout cela fait un grand vide, et j'aime tant mon pays et mon toit, que je comprends les souffrances de ceux qu'on arrache des leurs. La pauvre sainte Vierge dut trouver son exil bien amer et le temps long dans sa cachette de la vallée. Il n'est pas de mal si violent que celui du pays, il faut le re- voir ou mourir, aller à l'éternelle patrie. Quand une mère fait ses adieux à son fils qui part pour l'armée, elle rassemble toutes ses forces pour son dernier mot qui résume toutes ses craintes : Ne prends pas le mal durant, lui dit-elle, car elle sait qu'on n'en peut pas guérir. Notre exilée voulut donc revoir le sommet de sa montagne et la place de sa demeure. Mais, comme le jour elle était craintive, et qu'à R on ne sait peut-être pas bien encore que tous les cultes en France sont parfaitement libres et, qu'à plus forte raison, tous les dieux, tous les saints et tou- tes les saintes, qu'ils soient de bois, ou qu'ils soient de pier- res, sont libres aussi d'aller où bon leur semble, où de s'ar- rêter où il leur plaît, notre exilée, disais-je, prit le parti de voyager la nuit. Quand l'heure de tout mystère était venue, elle quittait sa niche, et, seule, sans appui, sans rien dire à personne, la téméraire qu'elle eût été sans le secours du ciel, elle grimpait à la place de l'ancienne chapelle. Long- temps ses courses furent secrètes. Mais tout se découvre peu à peu; dans les villages comme dans le monde, rien ne reste en entier dans l'ombre; et, comme il est arrivé à plus d'un de s'oublier en des lieux bien aimés, la sainte Vierge s'ou- blia sur la montagne. Des passants l'y trouvèrent un matin. Sans ébruiter, la première fois, ce miraculeux voyage, pieux et discrets, ils la reportèrent à son logis. Elle se laissa tran-