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402 « — L e pont du Rhône est fort long, ayant vingt a r c h e s , « et il se rencontre deux choses singulières dans sa construc- « tion. Premièrement, ayant été bâti fort étroit, en sorte qu'il « n'y avait que le passage d'une charrette, on a élevé tout « joignant un autre pont tout semblable, mais dans la suite , « pour donner à cette masse , composée de deux parties , la « solidité nécessaire , on a été obligé de faire passer dans « toutes les arcades, d'un côté à l'autre, de grosses barres « de fer, avec des clefs à chaque bout. Secondement, les « autres n'étant pas bien grandes, il arrivait qu'elles se bou- « chaient aisément par le sable que la rivière charrie ; pour « y remédier, un architecte entreprit, il y a près de trente « ans , un coup hardi qui a réussi; des deux arches près le « milieu, il n'en fit qu'une, coupant la pile du milieu, et « grossissant celle des deux côtés. La ville de Lyon est char- « gée de l'entretien du pont du Pihône ; cependant quand il « y a des réparations extraordinaires et grandes, on prend « une partie du fond par imposition sur la province (1). » Voici comment d'Herbigny jugeait le peuple de L y o n , et il n'avait point trop mal saisi sa physionomie. « Lyon étant, dit-il, une ville toute marchande, l'esprit « des marchands y règne; de l'industrie, de l'invention, de « la souplesse, beaucoup d'attachement à son intérêt, beau- « coup d'ordre et d'application aux affaires. Par rapport au « gouvernement, l'autorité y est si bien reconnue, qu'il se- « rait mal aisé de distinguer en quel lieu elle est mieux éta- « blie; mais on peut dire qu'il n'est point de grosse ville de « la considération dont est Lyon qui soit plus facile à gou- « verner par deux raisons : l'une, qu'il n'y a point de gens « de qualité ni de distinction, soit par leur naissance , soit « par leur état, à oser rien e n t r e p r e n d r e ; l'autre, que les « habitants sont non-seulement riches, mais s'enrichissent « journellement. Ainsi, ils seront toujours contents par leurs (1) lbid., p. 8.