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2 7 Durant les préparatifs de cette expédition, pour laquelle on em- mena un immense matériel, le commandant Malechard rendit de grands services et donna de nombreuses preuves de ce zèle, de ce dévoûment et de cette capacité qui l'avaient déjà tant de fois mis en lumière; et pendant la campagne, il fît éclater un noble courage et un admirable sang-froid. Pour tous ceux qui y ont pris part, la conquête d'Alger est un beau titre de gloire. Les événements de la dernière gravité qui eu- rent lieu peu après en France, quoiqu'ils aient nécessairement attiré et captivé l'attention générale, ne firent point oublier une si belle conquête. Il est vrai de dire qu'elle ne fixa pas les regards comme elle l'aurait fait si ces événements ne fussent point arrivés. Aussi, l'histoire écrite de la prise d'Alger a-l-elle beaucoup perdu à cette profonde préoccupation des esprits. Il sera pourtant facile d'en ras- sembler les matériaux, quand on voudra y consacrer une plume digne d'en apprécier et d'en faire ressortir l'importance ; et parmi les pièces les plus utiles à consulter pour ce travail, je ne crains pas de citer en première ligne le journal dans lequel Malechard a men- tionné les Opérations militaires qui ont eu lieu durant la cam- pagne d'Alger et les premières semaines de l'occupation de cette ville. Au mois de novembre 1831, il se trouvait en congé à Lyon, et goûtait, au sein de sa famille et de ses amis, un bonheur qu'il savait si bien apprécier, lorsqu'une sédition populaire vint soudainement troubler la tranquillité dont jouissait cette ville. Sa garnison, peu nombreuse, comptait deux mille hommes au plus, et manquait to- talement d'artillerie. Le parti du peuple était fort, et se grossissait chaque jour dans une cité toute manufacturière et industrielle qui ne renferme pas moins de cent mille ouvriers. Malechard jugea de la situation, comprit le danger, et bien qu'il pût se tenir à l'écart, sous la sauve-garde d'un congé qui n'était point à son terme, bien qu'il sentît vivement tout ce qu'il y avait de douloureux et de cruel dans sa position, il ne recula point devant l'inflexible rigueur du devoir qui lui prescrivait d'offrir immédiatement ses services au lieutenant-général commandant la division. L'affaire la plus urgente et peut-être aussi la plus difficile était de