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théâtre que leur ville possédait depuis quelque temps, et dont
les principaux acteurs prirent le parti de passer au nouveau.
Parmi eux se trouvaient de Brie, Ragueneau , et mesdemoiselles
du Parc et de Brie , associés désormais au grand nom de Molière.
     Si l'on en croit une ancienne tradition de Lyon, Molière,
pendant le séjour qu'il yfitavec sa troupe en 1653 , passant un
jour dans la rue St-Dominique de celte ville, aperçut, sur le seuil
de la boutique d'un apothicaire, un homme dont la figure phar-
maceutique le frappa. « —• Monsieur, monsieur, comment vous
nommez-vous? lui dit-il en l'abordant. — Pourquoi? —Mais.... »
 Molière insiste. « — Eh bien ! je m'appelle Fleurant! — A h ! je
 Je pressentais que votre nom ferait honneur à l'apothicaire de
 ma comédie; on parlera longtemps de vous, M. Fleurant! »
     Suivant cette croyance des lyonnais, ce serait cette plaisan-
 terie qui lui aurait fourni ce nom (1). Cette anecdote, recueillie
 parles historiens du déparlement du Rhône, a été racontée par
 le petit-fils de ce monsieur Fleurant, à un de nos plus savans
 bibliographes, qui nous l'a transmise. Mais nous sommes portés
  à croire que le descendant du prétendu interlocuteur de Molière ne la
  tenait pas de son grand-père lui-même, et qu'il n'était que l'écho
  d'un conte populaire; car, comment supposer que Molière songeât
  dès-lors à son Malade imaginaire, qui ne fut joué que vingt ans
  plus tard? Il est plus naturel de penser que, pour donner à
  son personnnage un nom significatif, il avait fait choix du par-
  ticipe présent du verbe fleur er (sentir, exhaler une odeur), alors
   très-usité. La plaisanterie est d'assez mauvais goût; mais elle a
   pour nous le grand mérite de la vraisemblance (2).
      Voilà tout ce que m'ont appris mes recherches sur le passage
   de Molière à Lyon. Poursuivant son pèlerinage théâtral, il alla
   visiter ensuite les cités méridionales, chercher des originaux
   pour ses chefs-d'œuvre, étudier les mœurs sous toutes leurs faces

   (1) Lira TEL QU'IL ÉTAIT ET TEL QU'IL EST, par A. G*** (M. l'abbé Aimé Guillon, )
 Paris, 1797, page 33.
    (2) }.• Taschereau, HISTOIRE BE LA. VIE ET PES OUVRAGES DE MOLIÈRE, Paris 1825,
 page 289..