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114 théâtre que leur ville possédait depuis quelque temps, et dont les principaux acteurs prirent le parti de passer au nouveau. Parmi eux se trouvaient de Brie, Ragueneau , et mesdemoiselles du Parc et de Brie , associés désormais au grand nom de Molière. Si l'on en croit une ancienne tradition de Lyon, Molière, pendant le séjour qu'il yfitavec sa troupe en 1653 , passant un jour dans la rue St-Dominique de celte ville, aperçut, sur le seuil de la boutique d'un apothicaire, un homme dont la figure phar- maceutique le frappa. « —• Monsieur, monsieur, comment vous nommez-vous? lui dit-il en l'abordant. — Pourquoi? —Mais.... » Molière insiste. « — Eh bien ! je m'appelle Fleurant! — A h ! je Je pressentais que votre nom ferait honneur à l'apothicaire de ma comédie; on parlera longtemps de vous, M. Fleurant! » Suivant cette croyance des lyonnais, ce serait cette plaisan- terie qui lui aurait fourni ce nom (1). Cette anecdote, recueillie parles historiens du déparlement du Rhône, a été racontée par le petit-fils de ce monsieur Fleurant, à un de nos plus savans bibliographes, qui nous l'a transmise. Mais nous sommes portés à croire que le descendant du prétendu interlocuteur de Molière ne la tenait pas de son grand-père lui-même, et qu'il n'était que l'écho d'un conte populaire; car, comment supposer que Molière songeât dès-lors à son Malade imaginaire, qui ne fut joué que vingt ans plus tard? Il est plus naturel de penser que, pour donner à son personnnage un nom significatif, il avait fait choix du par- ticipe présent du verbe fleur er (sentir, exhaler une odeur), alors très-usité. La plaisanterie est d'assez mauvais goût; mais elle a pour nous le grand mérite de la vraisemblance (2). Voilà tout ce que m'ont appris mes recherches sur le passage de Molière à Lyon. Poursuivant son pèlerinage théâtral, il alla visiter ensuite les cités méridionales, chercher des originaux pour ses chefs-d'œuvre, étudier les mœurs sous toutes leurs faces (1) Lira TEL QU'IL ÉTAIT ET TEL QU'IL EST, par A. G*** (M. l'abbé Aimé Guillon, ) Paris, 1797, page 33. (2) }.• Taschereau, HISTOIRE BE LA. VIE ET PES OUVRAGES DE MOLIÈRE, Paris 1825, page 289..