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252 LA R E V U E LYONNAISE
Ajoutons de suite que chacune des trois cinquantaines d'Ave
correspond successivement aux mystères joyeux, aux mystères
douloureux et aux mystères glorieux de la vie de Notre Seigneur,
mystères que je n'ai pas à énumérer ici.
On dit que ce fut au temps des croisades contre les Albigeois,
crise religieuse et sociale, où les frères Prêcheurs figurent sous
la sombre livrée des Inquisiteurs de la foi, que saint Dominique
institua la confrérie du Rosaire, de 1208 à 1220. Ce qui est
certain, c'est que ce fut après le triomphe des armes de Montfort sur
les Albigeois à Muret, en 1213, que le célèbre fondateur de l'ordre
des frères Prêcheurs, plus tard appelés Do m inicains, lança contre
les restes de l'hérésie cette pratique du Rosaire, remise comme
une arme divine et puissante aux mains des fidèles.
Au Pater nosier, la prière des laïques, qui donne son nom aux
Patenostres (grains enfilés du chapelet) fut jointe par saint Domi-
nique la salutation angêlique, Y Ave Maria, prière dont l'usage
était déjà recommandé par l'évêque Eudes de Paris en 1196, et en
1246 par une ordonnance du chapitre de Rouen.
L'union de ces deux prières reçut le nom de Rosaire (rosarium
mot à mot : lieu plein de roses), c'est-à -dire offrande de roses,
enfilées en chapelet, en couronne, la rose étant le sj^mbole d'un
cœur « pur » et d'un âme « brûlante » d'amour divin, cette fleur
était offerte en pieux hommage à la Mère des miséricordes. Son
emblème poétique et divin était la reine des fleurs, la rose de Jé-
richo, aux cent cinquante pétales, auxquelles correspondait aussi les
cent cinquante Ave. « Marie, l'ornement de son sexe et la reine des
vierges, dit Albert le Grand (De laud. B. M., c.II, p. 360), apparaît
au milieu d'elles comme la rose au milieu des autres fleurs. »
Le Rosaire est une offrande de prières ; cette offrande devra son
nom et son excellence au but auquel elle est est consacrée, c'est le
chapel de roses, la couronne de fleurs, que les fidèles sont invités Ã
offrir à la Reine du ciel.
Cette dénomination remonte assurément au temps où l'usage de
se couronner de fleurs était si général qu'il avait passé en coutume
ordinaire dans toutes les classes de la société, et où ce même usage
donnait lieu à des interprétations très diverses, non moins pieuses
que poétiques.