Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
[ Revenir aux résultats de la recherche ]
page suivante »
36.0                  LA REVUE LYONNAISE
d'argent ou de cuivre dont les femmes indiennes se passeraient
moins facilement que de nourriture. J'en ai vu un certain nombre
se jaunir le corps et le visage avec du safran. Elles se frottent
toutes avec de l'huile de coco qui exhale une odeur écœurante, et
toutes elles partagent la passion des hommes pour la mastication
du bétel. Quelques-unes pourtant se sont élevées jusqu'au cigare.
Cette population se présente au nouveau venu sous des aspects va-
riés dont l'étrangeté le captive. Ici des Indiens se promènent avec
une solennité que dément la vivacité de leur langage, langage des
moins euphoniques, qui se traîne sur les voyelles finales, et où le
mot roupa (roupie, monnaie anglaise qui vaut 2 fr. 50) revient à
chaque phrase. Là des femmes se rendent à la fontaine, leurs cru-
ches de cuivre sous le bras. Elles les remplissent à tour de rôle, se
les installent sur la tête, les y maintiennent à deux mains, et cette
 attitude fait saillir, à souhait pour le plaisir des yeux, les richesses
 de leurs corsages. Plus loin, passe une jeune mère, son nourrisson
 à cheval sur la hanche. Des voisines s'accroupissent en rond et se
 cherchent obligeamment les parasites de leurs chevelures. On en-
 tend des voix d'écoliers épeler l'alphabet indien derrière des cloi-
 sons de feuilles de palmier. On rencontre des fidèles qui promènent
 leurs idoles en palanquin, des cortèges de Brahmes pèlerins qui
 vendent de l'eau du Gange, des processions de mariage, des enter-
  rements, le tout avec un accompagnement assourdissant de tam-
 tams et de trompes.
   Arrêté près d'une porte qui ne s'ouvre pas, un mendiant psalmo-
die des patenôtres bizarres qu'il interrompt pour agiter sa crécelle.
Les galopins accourent à la voix perçante des marchands de bon-
bons. Les petits chevaux du pays, attelés à des voitures à deux roues,
les emportent au grand galop. Des bœufs avec des cornes plantées
droit sur la tète et des loupes sur le cou, traînent des charrettes
couvertes et prennent volontiers un trot fort allègre, parfois même
impétueux, qui renverse toutes les idées reçues en Europe sur les
allures de ces honnêtes ruminants. Des buffles aux cornes rejetèes
en arrière, au mufle allongé, tranchent par leur placidité sur la
pétulance de leurs congénères. Ne sont-ce pas là les éléments d'un
tableau très mouvementé et qui peut sembler pittoresque, même à
un habitué des boulevards ?