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176 LA R E V U E LYONNAISE phase, qu'une sorte de prélude à sa véritable carrière. Tandis que la plupart des adeptes de l'école romantique s'égaraient en phrases vagues et nuageuses dans leur admiration fort convention- nelle pour le moyen âge, M. Paulin Paris apprenait dans les anciens textes eux-mêmes à connaître et à aimer cette grande période dont ses savants travaux commençaient déjà à révéler les secrets. Dès 1828 il obtenait d'entrer à la Bibliothèque royale comme employé au département des manuscrits, et dès lors son activité fut consa- crée presque tout entière à l'étude et à la publication des monu - ments de notre vieille langue d'oïl. Peu d'esprits étaient mieux préparés à cette tâche difficile. Les enthousiasmes de commande, les admirations exagérées répu- gnaient a son esprit élevé et à son sens délicat. En exhumant ces textes trop longtemps dédaignés, il avait conscience de rendre un service réel aux lettres en même temps qu'à l'érudition. Il savait y signaler des beautés de premier ordre sans s'aveugler sur les lacunes d'une littérature encore dans l'enfance, organe parfois sublime, mais souvent défectueux d'un âge de transition et d'une civilisation encore mal définie. La critique la plus prudente, les recherches les plus scrupuleuses réglaient toutes ses affirmations. Une bonhomie pleine de finesse le prédisposait en quelque sorte à goûter et à rendre intelligible la grâce malicieuse de nos trouvères. Enfant de cette Champagne qui nous a donné notre grand Lafon - taine, il avait, comme lui, à un haut degré, le sens et le culte des formes naïves de notre vieux langage. Ce n'est pas M. Paulin Paris sans doute qui eût voulu tirer des remaniements de nos anciens fabliaux les récits licencieux des Contes, mais il eût écouté avec ravissement nos antiques légendes et redit avec le fabuliste : Si Peau-cC Ane m'était conté, J'y prendrais un plaisir extrême. Il savait conter lui-même avec infiniment de charme. Nos vieux poèmes retrouvaient une vie nouvelle quand il les exposait dans ses conversations ou dans ses cours. 11 les traitait en quelque sorte avec cette bienveillance qui le guidait toujours dans les di- vers rapports de la vie. Sympathique pour les œuvres comme pour les hommes, il aimait surtout à mettre en lumière les plus beaux