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                DE L Y O N A G E N È V E AU X V T I * S I E C L E                    65

 soldats seulement ; car la guerre avait cessé entre la France et la
 Savoie.
    Quand on traverse ce fort, on peut, si on le désire, obtenir des
gardiens, moyennant une gratification, la permission de le visiter;
les accès, les issues, les escaliers qui conduisent dans la partie
supérieure de la forteresse, tout vous est ouvert, pourvu toutefois
qu'on s'abstienne de tout espionnage, condition essentielle pour y
pénétrer, sans quoi on s'exposerait à être mis à mort.
   En face de l'Ecluse se trouve le mont Jura1, au sommet duquel
existait autrefois une forteresse semblable, et dont il ne reste plus
aujourd'hui que les ruines. C'est entre ces deux montagnes que le
Rhône coule avec grand bruit ; maison ne peut l'apercevoir, tant
ses bords sont escarpés.
   De là, nous gagnons, après une marche d'un demi-mille, la pe-
tite ville de Goulonge2, qui a souffert, entre toutes, des malheurs
de la guerre.
   Le jour suivant, nous traversons un pays riche en froment et
en pâturages, mais assez désert aujourd'hui, car les bourgs et les
villages, dévastés par le feu, le pillage et tous les maux de la
guerre, n'ont pu encore réparer les dégâts qu'ils ont soufferts et
recouvrer leur ancienne prospérité3.
   Tout ce pays appartient au roi de France qui l'a enlevé au duc
de Savoie, parce que ce dernier lui retenait le marquisat de Salu-
ées. Cette conquête est due à Lesdiguières, gouverneur du Dau-


  1 La montagne, située en face du Port de l'Écluse, sur la rive gauche du Rhône
porte le nom de mont Vuache.
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     Collonges, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Gex. L'étymologie seule
du nom de Collonges (Golonia) nous révèle son antiquité. De plus, on sait qu'une
voie romaine, dont il subsiste des débris importants et qui porte encore le nom de
vi de VÈtroz, traversait tout le pays de Gex depuis Collonges jusqu'à Divonne.
Cette localité eut cruellement à souffrir pendant les guerres incessantes que les ducs
de Savoie soutinrent au xvi° siècle, contre les Genevois et leurs alliés les Bernois.
Prise, saccagée et pillée par ces derniers, en 1536, elle ne subit pas moins de dévas-
tations de la part des Savoisiens, quand ils reprirent possession du pays, en 1589.
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     Entre 1589 et 1593, le pays de Gex fut ravagé, à maintes reprises, par les troupes
de Genève, de Berne et du duc Emmanuel de Savoie, et il ne put jouir des bienfaits
de la paix que lorsque le traité conclu à Lyon, au mois de janvier 1601, en assura la
possession à la France. Mais on voit combien fut grande la dévastation subie par ce
malheureux pays, puisque Golnitz en retrouvait encore des traces, trente ans plus
tard.
      JANV. 1881. —" T. I.                                                  5