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dira à la postérité que vous êtes l'auguste sang du bienheureux Saint-
Louis »'.
Ainsi, le débat se haussait à des accents pathétiques. Tout fut inutile,
et Saint-Georges, condamné « tout d'une voix » n'eut plus qu'à méditer sur
l'axiome : Res judicata pro veritate habetur. L'arrêt était définitif, sans re-
cours possible. Le 4 août 1702, il fut muni de lettres patentes, et enregistré
au Parlement le 20 décembre de la même année.
Claude de Saint-Georges, s'inspirant de la belle devise de sa Maison :
Nititurper ardua Virtus, accepta avec dignité sa défaite.
« Après la perte de son procès, dit le marquis de Sourches dans ses
Mémoires, il fit une belle action, qui fut d'aller chez l'archevêque de Rouen
lui demander son amitié, disant que les démêlés avaient été entre les Eglises
et non entre les personnes »2.
Retiré dans son diocèse, s'il cessa de porter le titre 3 de Primat des
Gaules, qui ne fut repris que par le cardinal Fesch % il conserva fièrement
celui de Primat de France, tandis que Colbert s'intitulait Primat de Nor-
mandie 5. Un moment, il crut avoir une nouvelle lutte à soutenir : l'archevê-
que de Tours, mis en goût par le succès de l'archevêque de Rouen, jugea le
1. i ro Requête au Roy (Paris, Anisson, 1698). « L'Eglise de Lyon, Sire, ajoutait-il, attend avec con-
fiance de la justice de Votre Majesté, la conservation de son rang et de sa dignité. C'est par elle qu'a
commencé dans les Gaules le culte sacré de cette religion sainte dont vous remplissez tous les devoirs avec
tant de piété et de zèle. Ces premiers saints, ces premiers martyrs qu'elle a donnés à la nation, implorent
aujourd'hui votre protection pour elle. L'autorité de tant de Conciles, où la Primatie a été reconnue, l'ou-
vrage de tant de Papes qui l'ont confirmée, la vénération que les empereurs et les rois ont eue pour la
première et la plus ancienne Eglise de votre Royaume, — tout cela serait-il anéanti par le jugement que vous
allez rendre S1.. ».
•>,. Mémoires du marquis de Sourches, loc. cit. — V. aussi Saint-Simon, éd. Boislile, X, p. 300 en note.
3. L'archevêque Amédée de Talaru (1415-1444) paraît avoir été le premier à prendre le titre de Primat
des Gaules. Jusque-là les archevêques de Lyon s'intitulaient plutôt « Archevêques de la Première Lyonnaise,
Primats, ou Patriarches sur les Provinces de Lyon, Rouen, Tours et Sens ».
4. Le cardinal Fesch reprit le titre avec d'autant plus de raison que le titre d'archevêque de Vienne
avait été réuni par le Concordat à l'archevêché de Lyon. — Or, l'archevêque de Vienne s'intitulait Primat
des Primats des Gaules, simple qualification honorifique bien entendu.
5. Ce n'était là d'ailleurs qu'un titre sans aucune portée, car la Primatie suppose plusieurs métropoles
qui lui soient soumises ; or la Province Ecclésiastique de Normandie ne comporte d'autre métropole que le
Siège même de l'archevêché, Rouen.