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les adoptions ; c'est la Chambre qui sera juge et décidera successivement
par ses votes. Ce débat sera dirigé par le rapporteur de la commission, suivi
par le ministre compétent qui, au nom du gouvernement, acceptera ou
repoussera les textes.
Je vous fais grâce des détails de la discussion. Pendant qu'elle se
déroule, évoquons le décor, l'hémicycle, les bancs en gradin, là -haut le
président annonçant sérieusement un scrutin de plus de 550 votants alors
que sous ses yeux une trentaine de députés sont disséminés sur les gradins
comme des pions sur un jeu de dames à la fin d'une partie.
Puis voici la tribune. Depuis le temps qu'il y a des orateurs, c'est-Ã -
dire depuis qu'il y a des humains, ils ont éprouvé le besoin d'une estrade.
Souvenez-vous de la consultation demandée par Panurge accompagné
d'Epistemon à la Sibylle de Pauzoust au sujet de son mariage. « Au coing de
la cheminée trouvèrent la vieille, conte Rabelais. ... Elle faisoit un potaige
de choux verds avecques une couane de lard iausne et un vieil savorados ».
Les deux compères l'interrogent : « la vieille resta quelque temps en silence
pensive et richinante des dens, puys s'assist sur le cul d'un boisseau ».
C'était sa tribune. Celle de la Chambre est moins sommaire.
C'est un fort beau meuble en acajou surélevé de huit marches et
auquel on accède par deux rampes. J'ai, il y a déjà longtemps, demandé sa
suppression pour deux raisons : la première c'est qu'elle est ornée d'un
remarquable bas-relief de marbre blanc signé F. F. Lemot/ear an VI-1798,
et qu'il ne me déplairait point de voir attribuer au Palais Saint-Pierre cette
œuvre du grand sculpteur lyonnais ; la seconde est d'ordre moins artistique
et d'intérêt plus général. A la vogue de la Croix-Rousse on voit, sur les
chevaux de bois, des gens placides et casaniers soudain fiers et aventureux
parce qu'ils sont juchés, à la vue de tout leur voisinage, sur des coursiers
cabrés et aux naseaux fraîchement peints en rouge vif. De même au Parle-
ment. Tel brave homme qui, de sa place, jettera utilement dans une discus-
sion un argument de bon sens ou d'expérience, qui en quelques mots redres-
sera une erreur, suggérera une idée, se croira obligé, parce qu'il montera Ã
la tribune, de faire un discours. Et voilà le mal pour tout le monde. La
tribune incite au fait oratoire comme les chevaux de bois aux attitudes
cavalières. Le remède est d'abolir la tribune. Cela a été fait ailleurs et le