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— 231 — Favre. Je ne rappelle que pour mémoire les discussions entre saint François et monseigneur de Marquemont qui aboutirent à faire de la Visitation un ordre religieux véritable et non point une simple congrégation avec des vœux simples et sans clôtu- re. Les postulantes vinrent en grand nombre et l'on dut chercher un local mieux adapté aux besoins nouveaux. Le 14 juin 1617, la Visitation s'établissait dans la maison achetée à M. Thierry, près de Bellecour. Pour achever cette manière de préface à mon récit, je voudrais vous tracer un tableau de ce coin de Lyon où vont se dérouler les événements. Lyon s'était beaucoup - développé durant le xvie siècle à cause de ses foires. Les groupements de maisons qui s'étaient formés dans la presqu'île autour des couvents, des diverses églises, à l'entrée du pont du Rhône et sur les bords de la Saône, avaient fini par se souder et par former une véritable cité qu'entourait tout un système de défense. Au moment de l'occupa- tion de la ville par les Protestants, le baron des Adrets, pour avoir une place d'armes, s'installa dans un ancien verger marécageux de l'abbaye d'Ainay, assainit le sol et créa ainsi une place qui est l'origine de la place Bellecour. Négligée pendant un demi-siècle elle fut plantée de trois cents tilleuls sous Henri IV et se construisit peu à peu. En 1617, Etienne Martellange donnait les plans de l'Hôpital de la Charité. Dès 1560, Claudine Laurencin, veuve de Jean du Peyrat, avait mis en vente son tènement du Plat. On nommait ainsi le vaste espace qui se trouvait au sud de Bellecour et que limitaient le Rhône à l'orient, au midi le chemin du Rhône à l'Arsenal (la rue Sainte- Hélène actuelle) et à l'occident le chemin des Célestins à Ainay qui est aujourd'hui la rue du Plat. L'Arsenal était un vaste bâtiment qui se trouvait sur le bord de la Saône avant d'arriver à Ainay. Pour faciliter la vente, Claudine Laurencin fit ouvrir diverses rues : la rue de la Magdeleine aujourd'hui rue de la Charité, la rue Saint-Jacques aujourd'hui rue Auguste-Comte, la rue Laurencin aujourd'hui rue François-Dau- phin et la rue Sainte-Marie, aujourd'hui rue Saint-François-de-Sales. Ces rues t n'avaient pas des noms aussi précis qu'à l'heure actuelle. A part la grande artère de la rue Victor-Hugo et la petite rue Boissat, la topographie n'a pas sensiblement changé. En dix-huit mois tout fut vendu, sauf la maison-forte de Villeneuve-le-Plat que se réservait la propriétaire. Toutefois, entre la place Bellecour et la vieille abbaye d'Ai- nay dont les murailles surplombaient alors le confluent de nos deux cours d'eau, peu de maisons existaient encore au début du xvn e siècle. De grands jardins clos de murs formaient des îlots de verdure. Quand on jette les yeux sur le beau plan que dressa, en 1625, le voyer de la Ville, Simon Maupin, on est frappé de l'opposition qui existe encore entre les deux côtés de la place Bellecour : d'un côté ce sont les maisons serrées avec des rues étroites et enchevêtrées d'où émergent les clochers de plus en plus nombreux des églises et des chapelles ; de l'autre, c'est presque la campagne avec ses larges espaces. Aussi les nouvelles congrégations qui se fondèrent entre 1585 et 1639, au moment de la réforme catholique, s'installèrent de préférence dans ces parties neuves de la ville ou sur les collines, peu habitées alors. I La Mère Favre acheta en 1617, d'Amable Thierry, du baron de Vaux et de Claude Barlet, jardinier, et en 1620 de Nicolas, seigneur de la Barolière, et du sieur