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      Dès juillet 1789, un incident caractéristique accusa cette aversion réci-
proque. La Gran' Pou du Dauphiné, suivie, comme on sait, d'une effroya-
ble jacquerie, en fournit l'occasion. Des quais du Rhône on voyait flamber
les châteaux de Saint-Priest, de Meyzieu, de Loras, de Combe, de Pusi-
gnan, etc. Tandis que la GuiUotiere contemplait joyeusement ce spectacle,
l'alarme était vive à Lyon, où un si grand nombre de familles étaient posses-
sionnées en Dauphiné. Faut-il citer les Boissac, les Leusse, les Imbert-
Colomès, les Claret de Fleurieu, les Lapoype, les Pianelli-Mascrany mar-
quis de Maubec, les Revol, les Senozan-Viriville, les Pujol, les Gesse de
Poisieu, les Dauphin de Verna, les Yon de Jonage? Le premier échevin
Imbert-Colomès qui avait lui-même des biens à Mions, envoya dans la ré-
gion la plus menacée, qui était celle de Crémieu, trois compagnies de
volontaires tirées de la milice bourgeoise. Cette troupe disciplinée et bien
armée vint aisément à bout des hordes confuses de paysans. Elle en tua
quelques-uns, sans éprouver elle-même aucune perte et surtout elle fit un
assez grand nombre de prisonniers, quinze à Salettes, vingt et un à Vernas,
vingt-huit en divers autres lieux. De ces captifs, les uns furent embarqués
sur le Rhône, à Loyettes, pour être conduits à Lyon, les autres ramenés
directement par les volontaires. Mais quand, à leur retour, les miliciens
lyonnais défilèrent dans la grande-rue de la GuiUotiere, ils reçurent un
accueil qui n'eut rien de triomphal. Les habitants, montés sur les toits, les
accablèrent d'une grêle de pierres et de tuiles, les traitant déjà de « musca-
dins, chasseurs de Crémieu ». Il fallut amener de Lyon, pour les dégager,
des dragons et des suisses, sans compter le reste de la milice (1).
     Cette bagarre qui, sans l'intervention des consuls et de Janin de
Combeblanche, aurait pu tourner en bataille, révèle la double cause de
l'animosité qui régnait entre Lyon et son faubourg. Il y avait une haine de
province à province et aussi une haine de classes. Dauphinois, ou tout au
moins étrangers à Lyon, résolument « forains », les habitants de la GuiUo-
tiere étaient, en outre, de pauvres diables qui voyaient sans plaisir le luxe et
les richesses de la haute bourgeoisie lyonnaise. Contre ces possesseurs de


    (1) Romain Bouquet, Histoire politique de la Tour-du-Pin, p. 25. —Wahl, les Premières années de la
Révolution à Lyon, p. 106.

Rev. Lyon., III, 11.                                                                           4-