Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
[ Revenir aux résultats de la recherche ]
page suivante »
                                                                                    \




                                    — 47 —
      C'est que ces marques, véritables blasons des typographes de la belle
époque du livre, étaient parfois de petits chefs-d'œuvre, dessinés avec goût
et gravés d'une main habile et soigneuse. Il y aurait toute une étude à faire
de ces exquis ornements historiques, dont l'usage remonte à 1483 ; les uns
sont compliqués et majestueux comme un blason d'archevêque, contournés
à donner le malaise ; d'autres d'une grande simplicité : celles de J. de
Tournes, de Granjon, de Rouillé, celle aussi de Gryphius, dont s'empara
plus tard Jérôme de Marnef, de Paris.
     Certaines de ces marques servaient d'attributs ; d'autres montraient
une vue de la ville où était établi le maître-imprimeur à qui elles servaient
de signatures, telle la marque de Thomas Soubron, que Louisy et que Cim
ont confondue avec celle de Plantin.
    Cette jolie marque n'a de commun avec le célèbre imprimeur français
d'Anvers que le compas ; la ville qui sert d'arrière-plan n'est point la ville
de Tours, mais manifestement Lyon, le Lyon du xvie siècle, avec son vieux
pont de pierre, sa colline de Fourvière, ses remparts de Saint-Sébastien ;
Lyon servilement copié sur la vue d'Androuet de Cerceau, et plus proba-
blement encore sur celle que le Petit Bernard dessina pour la Corographie
d'Europe, de Balthazar Arnoullet, en 1552.
     Ces marques affectaient souvent, comme les armoiries, la forme par-
lante : Dolet choisit une doloire et Sébastien Gryphius un griffon ; Jean
Temporal avait pour marque « le Temps », Constantin un rocher planté au
milieu de l'Océan et contre lequel soufflaient en vain les cent bouches de
l'aquilon : adversi constantia duro ; Jean du Puy avait un puits, et les de La
Porte, une porte. Mais beaucoup de ces marques étaient purement symboli-
ques. Une des plus jolies dans ce goût est celle des frères Bering, qui figurait
une bague à chaton au milieu de laquelle était écrite la devise Sine fraude.
Geoffroy Martin, qui s'en empara plus tard, en rendit le sens plus agréable
encore en y mettant les mots Unio sacra.
      L'illustration semble avoir, à cette époque, très vivement préoccupé
les libraires lyonnais ; il y eut des degrés dans leurs mérites, tous n'atteigni-