Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
[ Revenir aux résultats de la recherche ]
page suivante »
                                    — 27 —
phin qui s'enroule à une ancre... En outre, le papier est inférieur et je ne
sais pourquoi d'une odeur infecte (graveolens) ; les caractères positive-
ment ont une certaine saveur gauloise. Les majuscules sont absolument
hideuses. De plus les consonnes ne sont pas jointes aux voyelles, mais elles
en sont séparées. Dans nos ouvrages, en revanche, à peu près toutes sont
jointes et imitent l'écriture à la main, il vaut la peine de le voir. Ajoutez
qu'à ces incorrections qu'on y voit il est facile de reconnaître qu'ils ne sont
pas de chez moi : en effet, dans le Virgile imprimé à Lyon... ». Et Aide énu-
mère ici les fautes qu'il a constatées dans chacune des contrefaçons de ses
beaux livres. « Que ceux qui comprennent, achève-t-il, imaginent quel peut
être notre embarras en cette affaire... Voilà donc ce que nous faisons publier
pour que l'acheteur des petits livres de format portatif ne soit trompé et
qu'il reconnaisse facilement s'ils ont été imprimés à Lyon ou dans notre
maison à Venise. Adieu ».
      Les contrefaçons aldines, épisode remarquable de l'histoire de l'impri-
merie en France, puisqu'elles marquent l'introduction dans notre pays du
caractère vénitien penché, s'échelonnent sur un quart de siècle, de 1502 à
1529. Balthazard de Gabiano d'abord, ensuite Barthélemi Trot et les impri-
meurs qu'ils associaient à leur coupable entreprise : Guillaume Huyon,
Jacques Myt, Antoine Blanchard, peut-être d'autres encore, imitèrent pen-
dant cette période tous les premiers livres que Manuce imprima avec sa
« testo d'aldo » : Virgile, Juvénal, Lucain, Horace, Martial, etc. Voici ce que
dit Aide, dans son monitoire que je n'ai pas transcrit tout entier, au sujet
des fautes grossières que les Lyonnais laissaient passer dans leurs textes ;
ces plaintes de Manuce irrité sont toute l'histoire de l'aventure aldine, qui
vaut bien qu'on en parle.
     Les premières contrefaçons lyonnaises ne portent, bien entendu, ni
lieu d'impression, ni date de publication ; il semble, toutefois, qu'elles
aient suivi aussitôt la parution des livres qu'elles imitaient. La première
édition contrefaite du Virgile d'Aide, lequel est daté «avril 1501 », est de la fin
de cette même année, ou de 1502 ; elle est signalée par Manuce dans son
monitoire de 1503, qui en stigmatise ainsi les erreurs :